« Accabadora »de Michela Murgia- Voyage en Terre sarde

J’ai lu deux romans sardes dans ma vie car ils sont rares à être traduits et à arriver jusque nous. Celui-ci est le deuxième. Chaque fois, les deux auteures étaient des femmes et, alors que l’histoire et les personnages sont mis en avant dans leurs livres, on parle souvent dans les critiques de la Sardaigne qui n’est pourtant qu’un décor. Je pense que cela tient à ce que l’identité de l’île est très forte. Une citation du Nouvel Observateur nous prévient en quatrième de couverture « Comme un souffle, la plume de Michela Murgia balaie une Sardaigne aujourd’hui presque disparue. »
Ceux qui me connaissent savent que j’ai des origines sardes. Mon grand-père est né et a vécu sa jeunesse dans un petit village à l’intérieur des terres, Sedilo. Village aujourd’hui presque déserté par les plus jeunes qui vont chercher du travail ailleurs. Pourtant, lorsque j’y suis allée l’année dernière (ici ou bien ici ou ici), j’ai tout de suite été frappée par le calme et la solidarité des villageois qui passent chez les uns et les autres et vivent portes ouvertes. Là-bas, tout le monde semble se connaître, on s’arrête pour discuter avec un voisin, les chiens courent dans les rues sans maîtres et le temps ne paraît pas s’écouler comme ailleurs. C’est cela, il m’a semblé qu’à Sedilo, on ne connaissait pas l’heure, les seuls repères temporels étant le passage du camion vendant les légumes, celui vendant le pain. Peut-être est-ce de là que me vient ma phobie des montres! Toujours est-il que lorsqu’on s’éloigne un peu de la côte, on trouve très vite en Sardaigne le genre de village que peint Michela Murgia. Une Sardaigne encore baignée de traditions; une famille agrandie, une île hors du temps.

Ce que je remarque également, c’est que chaque fois les auteures publiées chez nous sont des femmes qui parlent des femmes, cela aussi est très représentatif de la Sardaigne et de sa société traditionnellement matriarcale.

Cette longue introduction pour en venir à ce qui vous intéresse…

L’histoire

« Fillus de anima. C’est ainsi qu’on appelle les enfants doublement engendrés, de la pauvreté d’une femme et de la stérilité d’une autre. De ce second accouchement était née Maria Listru, fruit tardif de l’âme de Bonaria Urrai. »

Bonaria Urrai « adopte » Maria alors âgé de cinq ans. Tout de suite, elles s’entendent très bien mais Maria se pose des questions. Le travail de couturière de Bonaria ne peut pas expliquer seul ses absences et ses étrangetés, la fille et la femme ont beau se rapprocher, le mystère plane encore autour de Bonaria.

L’accabadora ou l’euthanasie sarde

C’est un personnage de légende sarde qui abrège les souffrances en offrant la mort aux personne à l’agonie, cela uniquement sur demande des familles et lorsque l’intéressé lui-même ne peut plus s’exprimer. Personnage aussi important pour certains que l’allevadora qui donne la vie (sage-femme) , il est contesté par d’autres (n’oublions pas que les peuple sarde est également très croyant.)

Dans son livre, Michela Murgia donne vie à cette vieille femme; le débat autour de la légitimité de l’accabadora prend alors forme en Bonaria Urrai et en Maria qui associe sa mère adoptive à un assassin. Peut-on décider d’ôter la vie? Abréger les souffrances, est-ce tuer? A partir de quel moment peut-on décider d’abréger ces souffrances?

Une société matriarcale

Ce roman est un roman de femmes. Maria n’a que des soeurs, sa mère biologique est veuve et l’a eu sur le tard. En manque d’argent, elle se débrouille comme elle peut et confie la dernière née, Maria à Bonaria Urrai elle-même veuve avant même d’être mariée. Dans le village, les femmes donnent la vie et la reprennent.

Intelligentes, débrouillardes, fortes, indépendantes, travailleuses, mères et épouses, voilà ce que sont les femmes du roman.

Les personnages masculins, eux, sont très peu présents, effacés. Nous avons Piergiorgio, le jeune amant fougueux qui découvre le pouvoir de la sexualité; Nicola le fier, celui qui résume le sens de sa vie à défendre son territoire et trouver une femme qui voudra bien l’épouser; Andria, l’ami amoureux en manque d’ambition et les mourants privés de paroles.

La Sardaigne

Parce que l’histoire est basée sur une légende sarde qui fait grand bruit là-bas (comme ici d’ailleurs) et pour tout ce que j’ai dit précédemment, ce livre nous en apprend un peu plus sur l’île et sur sa culture. Un livre qui fait voyager.

Style

Michela Murgia pare son livre d’images fortes. Ce langage très imagé n’est pas loin de celui des légendes et l’auteure laisse planer assez de mystère autour du personnage de Tzia Bonaira Urrai pour qu’il reste légendaire.

Mon avis

J’ai évidemment adoré ce livre parce qu’il confirme l’image que je m’étais faite de la Sardaigne et des sardes, bien sûr (et j’en suis fière) mais aussi pour sa forme originale, entre roman et légende.

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4 commentaires sur “« Accabadora »de Michela Murgia- Voyage en Terre sarde

  1. Ah non pardon je parlais du livre !
    Sinon en italie je connais venise, florence, sienne, milan, rome, pise, gene et pas mal d’autres petits coin de paradis 😉

  2. Oui, j’aime aussi beaucoup l’Italie! J’ai passé un an à Florence il y a quelques années… Pour le livre, l’ambiance mystérieuse reflète bien ce que représente l’accabadora pour les sardes un secret à peine couvert, des rumeurs, des ‘on-dit »

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