« Amours » de Léonor de Récondo, une Emma moins attachante

Alors que je lisais des critiques élogieuses sur « Amours », j’avais été davantage attirée par « Rêves oubliés » (ici), que j’ai lu en premier. Le style et l’étude psychologique des personnages m’avaient convaincue et j’étais assez confiante en commençant « Amours » mais j’ai finalement été globalement déçue.

L’Histoire

Nous sommes en 1908 dans une maison bourgeoise du Cher, Victoire est depuis cinq ans, l’épouse de Anselme Boisvaillant, notaire du village mais leur union reste stérile. Un jour, tout bascule.

Une Madame Bovary sans panache

Sans aucun doute, l’allusion de l’auteur à Madame Bovary que Victoire a dévoré n’est pas un hasard. Anselme est un Charles un peu maladroit, qui se laisse dépasser et diriger par ses instincts primaires (Boisvaillant?!…)

Tout comme dans « Madame Bovary », le personnage de l’époux amoureux, cocu mais bien gentil pourtant m’a touchée, bien plus que les personnages féminins finalement.

Car notre Madame Bovary manque de profondeur. Emma rêvait l’amour naïvement et c’est ce qui la rend attachante; Victoire fait sa révolution du jour au lendemain en toute conscience. Nous découvrons une bourgeoise malheureuse, soumise aux désirs sexuels de son mari et un événement fait d’elle une tout autre femme, qui abolit les frontières sociales et morales, une révoltée qui revendique sa liberté; le passage de l’une à l’autre ne me paraît pas bien clair. L’évolution n’est en rien progressive et m’a gênée dans mon approche du personnage.

Je pense que c’est cela qui m’a empêchée d’entrer dans l’histoire et d’avoir un intérêt pour ce personnage principal.

De plus, n’oublions pas que nous nous trouvons au début du XXème siècle. Même si l’histoire est tout à fait possible, je pense qu’elle se serait déroulée avec plus de pudeur et de réserve, celle-là même que nous impose la société.

Les codes sociaux renversés mais pas bousculés

C’est bien ce qui est gênant; on nous parle vaguement de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas mais les personnages semblent se défaire facilement des codes alors qu’en réalité, c’est un combat bien difficile à mener. Je regrette donc que ces barrières ne soient pas plus visibles, tout simplement pour ancré le récit dans la réalité de son temps.

La maternité

Victoire est incapable d’enfanter. A quoi peut-elle donc servir alors? Il faut qu’elle se réinvente. Lorsqu’elle reçoit cet enfant, elle découvre ce qu’est le sentiment d’amour. Un sentiment qui s’offre, se partage mais ne peut rester muet.

Les femmes

Sans vous dévoiler la suite, ce roman fait la part belle aux femmes: aux amantes, aux mères, aux femmes en mutation qui constamment recherchent la liberté.

Déjà au début du XXème siècle, de petits pas étaient faits vers l’éclatement des maillons qui les retiennent prisonnières.

Le style

Je reconnais que l’écriture est délicate, mélodique même. Le narrateur est omniscient et s’attarde à décrire le désir grandissant des personnages en présence.

Mon avis

Ce style me plaît, c’est une chose certaine mais il manque quelque chose dans l’étude sociale qui me dérange. J’ai préféré « Rêves oubliés », même si là encore, le personnage m’avait agacé de par son attitude passive, trop mélancolique.

« Amours », Léonor de Récondo, Sabine Wespieser.

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2 commentaires sur “« Amours » de Léonor de Récondo, une Emma moins attachante

  1. Hello ! Je ne suis pas vraiment d’accord avec toi (http://www.vivelaroseetlelilas.com/2015/04/les-amours-interdites-de-victoire-et.html), sans doute parce que j’aime cet aspect de lumière tamisée sur les textes de l’auteure que visiblement tu apprécies moins 😉 Comme toi les jeux de mots sur les noms m’ont beaucoup intéressée, le fait que Céleste se nomme ainsi, alors qu’elle est si pieuse est amusant également, je n’en ai pas parlé dans ma critique mais ça m’a m’avait fait rire. Je te conseille vraiment Pietra viva, que j’ai davantage aimé que Rêves oubliés. Je pense qu’il te plaira (j’espère ! ;)).

  2. Je sais que ce livre a beaucoup plu, ton article est le premier que j’ai lu d’ailleurs. Je m’en souviens parce que c’est lui qui m’a donné envie d’acheter le livre mais ce qui m’a dérangée, c’est de ne pas comprendre l’évolution brutale de Victoire et la facilité avec laquelle elle vit cette situation. le fait aussi que l’auteur veut nous faire croire qu’à Paris, les femmes sont libres. je crois que la réalité est simplifiée à l’extrême ici. Mais j’aime l’écriture de Léonor de Récondo et je lirai d’autres livres d’elle sans problème (merci pour le conseil ;-))

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