« Barcelona! » de Grégoire Polet – Patchwork espagnol

Lorsque j’ai fini de lire « Bracelona! » de Grégoire Polet, la semaine dernière, je ne me doutais pas qu’au moment où je publierai cet article, je m’envolerai pour Barcelone sur un coup de tête. C’est peut-être mon envie de soleil qui m’a fait choisir ce livre plein de promesses… « Barcelona! »: non traductible, ponctué de ce point d’exclamation plein de chaleur et de passion qui donne le ton. « L’Espagne te manque?, avait l’air de me dire ce livre, lis-moi donc un peu! »

L’Histoire

Une théorie prétend qu’il suffit de six poignées de main pour relier une personne à une autre, où qu’elles soient dans le monde. Appliquant cette théorie au roman, Grégoire Polet représente Barcelone à travers une vingtaine de personnages, dont les destins se croisent.

Les Personnages

Les personnages qui se croisent sont si différents qu’on se trouvera forcément un alter ego: la reporter de guerre abîmée, déjà si jeune, par la vie, la jeune candide qui rêve d’une vie de famille, la jeune révoltée qui rejette la richesse familiale, le jeune médecin aux dents longues, le navigateur solitaire, l’homme politique qui cherche à se faire réélire, l’homme jaloux, le père malade, le père divorcé, l’expat’ française qui a du mal à s’adapter, les vieux amoureux passionnés…

Barcelona!

Barcelone, ce n’est pas uniquement son architecture si particulière, Gaudi, le soleil, la plage, la langue exotique et les soirées endiablées. Si c’est ce que vous cherchez en vous emparant de ce livre, vous allez être déçus. Grégoire Polet nous parle ici de la vraie Barcelone, de ses vrais habitants, frappés de plein fouet par la crise. Dès 2007, en Espagne, la crise économique emporte tout sur son passage et remet en question la morale, le passé et l’avenir. Les écarts entre pauvres et riches se creusent, le nationalisme catalan se propage et s’impose avec de plus en plus de force, les espagnols se saoulent de divertissements, comme le football et les fêtes, pour avoir encore la sensation de vivre. Dans un monde ravagé par les guerres et les violences, Barcelone doit trouver sa place. C’est de cette Barcelone dont nous parle Grégoire Polet. « Barcelona! » pourrait alors se comprendre comme: « révoltez-vous! », plutôt que comme: « Bienvenue dans la ville européenne de la fête! ».

La Révolte

Grégoire Polet nous réserve quelques beaux passages et réflexions:

« Tu vois, riche ou pauvre, ça revient au même. Mais, tant qu’à faire, il vaut mieux être pauvre. Parce que riche, tu as l’illusion de la liberté. Et la tentation de la domination. Tandis que, pauvre, tu as plutôt la tentation de la révolte. Et la révolte, c’est un un chemin qui va droit dans le mur. Mais il n’y en a pas d’autre, pour aller vers la liberté. »

Lorsque le professeur de Lettres, Irving, part à la retraite, il veut réveiller ses étudiants et les provoque en leur montrant comme ils sont les ratées de la société d’aujourd’hui: les garçons sont des paresseux et les femmes cherchent à se caser. Devant la réaction enflammée de la salle, il ordonne:

« Luttez, soyez ambitieux, mes chers enfants (…) Lisez, lisez, sans relâche. (…) Vous êtes les dépositaires de la dernière richesse de l’Occident. Soyez fiers. Soyez orgueilleux. Soyeux superbes. Souvenez-vous que vous êtes supérieurs (…) que vous êtes les dernières personnes cultivées de la planète, que votre richesse est mal payée parce qu’elle est incalculable, et n’arrêtez jamais (…) de lire et d’apprendre et de voyager (…) de thésauriser la littérature qui est la plus forte chose du monde, la copulation de la pensée et du beau. »

« La littérature comme copulation de la pensée et du beau », je trouve cette formule tout à fait juste. La littérature c’est l’élévation de la pensée par sublimation. Le style d’un auteur ajoute du sublime aux pensées des hommes sur la société, la politique, la psychologie, l’Histoire et les petites histoires.

Le Style

Ce roman fleuve s’est révélé très difficile à lire pour moi tant le style me sort par les yeux! Grégoire Polet use de phrases courtes, averbales souvent, sensées nous faire entrer de plain-pied dans les pensées des personnages. L’abus de discours indirect libre appauvrit l’ensemble à mon sens. J’ai trouvé ça fort désagréable à lire. Le vocabulaire est assez pauvre. Je ne connaissais pas Grégoire Polet et je ne sais pas si c’est quelque chose de récurent dans ses livres mais ce n’est pas pour moi.

Le lire ou pas?

Si vous aimez le style de Grégoire Polet et les romans fleuve, oui, sans hésiter. J’ai connu l’Espagne de la crise et je dois dire que l’auteur a su cerner cette Espagne perdue, qui cherche encore sa place en Europe et dans le monde ainsi que les problèmes sociaux et moraux que pose cette période de tension économique.

 

Barcelona!, Grégoire Polet. Editions Gallimard et Folio Poche

 

 

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