« Besoin de Réel » de David Shields- Expérimentons-nous encore le réel?

Lorsque « Besoin de Réel » est arrivé dans ma boite aux lettres, j’ai tout de suite été intriguée par ce livre de théorie littéraire -non, ne fuyez pas!- annoncé comme un « best seller » aux Etats-Unis. Effectivement, il a bien fallu que je me rende à l’évidence, ce livre est un succès commercial puisqu’on le retrouve en tête de gondole de la librairie du BHV. Si tel est le cas, c’est sûrement parce qu’en nous parlant littérature et réel, David Shields ne fait que soulever les problèmes de notre société « en réseaux ». Pour me lancer dans la lecture de son livre, il m’a suffi d’un détail qui pour moi a son importance: dès la première page, David Shields cite Zola.

                                         « Tout bon artiste est plus ou moins un réaliste à ses propres yeux »

Souvenez-vous de ma fascination pour Emile Zola: Ici et là.

« Besoin de réel », c’est quoi?

Je ne sais pas si on peut parler de recueil dans ce cas mais pour moi il s’agit bien de cela: un recueil de citations et d’aphorismes sur un même thème: le réel.  La théorie est la suivante: Si le lecteur (ou le (télé)spectateur) a tellement soif de réel, c’est parce qu’il ne l’expérimente plus assez.

Les aphorismes

Les aphorismes et les citations, se veulent percutants. L’idée est dépouillée de ses détails. Dans une société où l’on passe d’une chaine à une autre, d’une fenêtre à une autre, d’une conversation à une autre, avec une extrême rapidité, il est plutôt bien vu de privilégier cette forme, facile d’accès. Entre deux arrêts de métro, un aphorisme est vite lu et nous permet de réfléchir à la question jusqu’à réouverture du livre.

Pourtant, cette forme choisie par Shields a un défaut d’après moi. Les idées se répètent. Trop souvent. Puis, on aimerait en parler, développer l’idée et pour cela, tour de force, on doit se tourner vers le réel puisque les aphorismes ne sont pas discutés immédiatement dans le livre.

La société et sa soif de réel

Emissions de téléréalité, biopics, autobiographies: de plus en plus, le consommateur va chercher dans ses distractions le mimétisme du réel. L’offre s’adapte à la demande. Et si ce besoin de réel venait justement de notre manque d’expérience dans ce domaine? Cachés derrière nos écrans, visés sur nos réseaux sociaux, nous ne prenons plus le temps de vivre, de tisser des liens véritables. De cette façon, la chance de vivre des expériences enrichissantes ou déterminantes dans nos vies s’amenuise.

Comment comprendre que nos adolescents se collent derrière un écran en rentrant de l’école plutôt que d’aller jouer au football avec des copains? Jouer, c’est partager, vibrer, se sentir vivant. A cela s’ajoute, les émotions, les peines et les joies, la confrontation aux échecs, aux succès. Rien ne remplace l’expérience. Elle fait de nous ce que nous sommes.

Et pourtant, cette demande toujours plus fervente de réel dans ce qui, par essence, ne l’est pas, est un symptôme incontestable du mal dont souffre notre société.

Le réel en littérature

Si la littérature s’inspire du réel, elle ne l’est pas. Dans le cas même de l’autobiographie, l’évocation étant la formulation d’un souvenir, elle n’est jamais aussi réelle qu’au moment-même où l’événement s’est produit. Partant de cette évidence, il n’y a pas de réel en littérature. Il est donc inutile d’accuser un auteur d’avoir trompé le lecteur sur la véracité de son oeuvre.

En effet, il peut nous arriver de ressentir une vive émotion lors d’une dispute par exemple. Le soir-même, à l’heure de l’évocation de la dispute de ce matin-là, cette vive émotion aura disparu. on discutera du problème avec le recul suffisant. Dans le cas d’une autobiographie, nous parlons d’une distance de plusieurs années.

Nombre d’anaphores et de citations sont l’occasion de variation sur le sujet.

Mon avis

Le livre est vraiment bien fait et enrichissant. J’aurais aimé l’avoir à disposition au moment de passer le concours, il m’aurait servi davantage que les cours de Monsieur V.

Pour ceux qui ne s’intéressent pas spécialement à la théorie littéraire, je vous propose très vite autre chose.

« Besoin de Réel », David Shields. Editions Au Diable Vauvert.

 

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