« Charlotte » David Foenkinos, au service de l’artiste

Je vous parlais dans mon dernier article,« Louise » de Julie Gouazé- être le héros de sa vie, de cette manie qu’ont les auteurs contemporains de mettre des points avant même d’avoir fini leurs phrases. Deux personnages éponymes, des phrases courtes mais la comparaison s’arrête là.

Tout comme Beigbeder a écrit et publié cette même année un livre sur Salinger qu’il admire, David Foenkinos écrit sur une peintre qui le fascine, Charlotte Salomon.

L’histoire

Charlotte Salomon fait partie de ces personnes esclaves dès la naissance d’un destin tragique. Sa mère lui donne le prénom de sa soeur suicidée et mettra elle-même fin à ses jours alors que Charlotte n’est encore qu’une enfant. Lorsque c’est son tour de donner la vie, elle meurt dans les camps. Entre deux guerres, alors que sa mère et sa tante refusaient la vie, c’est la vie qui refuse Charlotte.

David Foenkinos, subjugué par l’artiste,retourne sur les traces de Charlotte et revient sur cette tragédie du XX ème siècle.

Le style

Ici, les phrases sont courtes mais abouties (sujet, verbe, complément) Des phrases qui, sans détours vont droit au coeur. Les événements rapportés sont douloureux et assez chargés de tragédie pour qu’il soit utile de recourir à la rhétorique.La simplicité de la narration convient donc parfaitement au propos. Elle ne fait que transparaître un peu plus l’émotion en laissant parler les faits.

L’hommage

Bien bel hommage que voici. L’auteur s’inclut dans le récit, c’est lui qui reconstitue la vie de cette artiste peu connue. Haletant, parfois fébrile, il cherche à découvrir ce personnage mystérieux et, en même temps, donne du grain à moudre à son récit. Derrière un style limpide, David Foenkinos s’efface pour laisser place à son personnage. Comme si l’auteur voulait nous dire que la vraie artiste de cette oeuvre, c’est elle.

Un monde en friche

Charlotte grandit dans un pays détruit par la première guerre mondiale, au côté d’une mère détruite par le suicide de sa soeur et d’un père bientôt détruit par la volonté de cette dernière de la rejoindre. Toutes les femmes de sa famille démissionnent devant la vie. Elle passera ses plus belles années dans un monde où c’est l’humanité qui est détruite. Pourtant, de cette atmosphère de mort, de ce tas de cadavres, Charlotte trouvera un souffle de vie dans l’art. Des ténèbres jaillit alors la lumière. Ses peintures sont toujours de couleurs vives comme pour conjurer le sombre sort qui s’abat sur les femmes de la famille.

Mon ressenti

Je ne suis pas une grande admiratrice de David Foenkinos. C’est aussi pour cela que je n’ai pas lu « Charlotte » tout de suite et que j’étais assez dubitative. J’ai lu « La Délicatesse » sans y trouver un réel intérêt mais « Charlotte » est différent; de par le style, de par sa présence discrète. David Foenkinos rend un hommage splendide à l’artiste, Charlotte Salomon. l’émotion est palpable à travers le personnage de l’écrivain et à travers les mots simples et justes.

« Charlotte », David Foenkinos, Editions Grasset.

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Charlotte Salomon, Vie ou théâtre?
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Charlotte Salomon

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12 commentaires sur “« Charlotte » David Foenkinos, au service de l’artiste

  1. Eheh en rentrant à Annecy, j’ai vu traîné "Charlotte" dans la pile de lecture de ma maman et je lui ai donc piqué. J’ai bien aimé ce roman, assez lourd tout de même mais poignant! Si j’ai eu du mal au début avec ses phrases, j’ai réussi à passer outre lorsque David F. explique sa vision du roman, son obsession et pourquoi il l’a construit ainsi. C’est un très beau livre, très émouvant bien que je ne connaisse pas l’artiste mais après avoir lu ce roman, cela m’intéresserait de découvrir son oeuvre!

  2. Et bien dis donc je fais une belle découverte là
    Je ne connaissais pas du tout
    Alors du coup, j’vais me pencher sur ce type de lecture qui d’habitude n’est pas le mien
    Ca me fera pas de mal de changer 😉

  3. Comme toi j’ai beaucoup hésité à lire charlotte mais l’attrait de la forme a été le plus fort et je l’ai ajouté dans ma pal il y a peu… Je verrai bien, j’espère aimer !

  4. C’est vrai. Tu as déjà remarqué je crois, mais c’est vrai que je lis peu d’auteurs contemporains français à part ceux que tu m’as fait découvrir ou ceux que ma mère m’a fait découvrir donc je n’ai pas beaucoup de références en la matière 😉

  5. oui… je pense que j’avais déjà lu ce genre d’histoire parce que je n’avais pas trouvé cela très original non plus. Je trouvais que c’était de la littérature facile mais efficace. Enfin, je ne fais pas le procès de "la délicatesse" non plus. J’en ai parlé parce que ce livre-ci est bien différent.

  6. C’est marrant, j’ai l’impression qu’on lit un peu les mêmes livres au même moment ahah (enfin, si deux livres sont assez pour pouvoir dire ça ^^) En tout cas mon avis rejoint encore le tien sur ce livre, j’ai trouvé que le style concis était beaucoup plus pertinent ici que dans Louise, et j’ai beaucoup apprécié cette lecture !
    Bises

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