« Le Côté de Guermantes », Marcel Proust: quand la mort vient frapper à la porte

J’ai commencé « Le Côté de Guermantes » -tomes 4 et 5 de La Recherche du Temps Perdu– il y a cinq ans, alors que j’étais très occupée par mon travail. J’ai profité des vacances de fin d’année pour reprendre ma lecture de La Recherche de Marcel Proust là où je l’avais laissée.

Il y a quelques années, je vous avais parlé de cet auteur dans cet article: ici. Je ne vais donc pas m’attarder sur sa vie et son oeuvre mais plutôt sur les deux tomes que constituent « Le côté de Guermantes ». Il y a beaucoup à dire, bien sûr, j’ai donc choisi de vous présenter quelques points qui ont retenu mon attention.

L’Histoire

La maladie de sa grand-mère, celle de Swann, la mort, sont des événements majeurs qui ponctuent seulement, pourtant, les multiples visites du narrateur chez les Guermantes.

L’Amitié

Dans ces deux tomes, Saint-Loup est fou amoureux d’une prostituée nommée Rachel, bien connue du narrateur. Cette dernière n’est pas aussi inintéressante qu’elle en a l’air -ou que le suggère son statut- mais comme d’autres figures féminines chez Proust, elle paraît avant tout intéressée et dépouille dangereusement de ses biens le pauvre ami de Marcel.

Cet amour, décrié par tous et accepté par le narrateur, va être décisif dans le renforcement des liens entre les deux amis. Notre personnage principal est celui qui ne juge pas (ouvertement). Pourtant, l’amant fougueux et malheureux lui reprochera son attitude lors de la réception donnée chez Mme De Villparisis. En effet, de son coté, Saint-Loup est celui qui permet au narrateur de se rapprocher des Guermantes et de la figure passagère de l’amour, éternel moteur du narrateur.

Les Mondanités

Nous voilà, en même temps que le narrateur, assis au milieu du salon mondain prisé du tout Paris. Ces « rites » de classes futiles et superficielles se déroulent devant nos yeux et sont l’occasion pour Proust de dérivations, de réflexions qui sont une invitation à méditer pour le lecteur. Proust nous offre de savoureuses scènes humoristiques et ironiques.

Ces discussions convenues sont l’occasion d’assister à des débats d’époque: dans ces salons se font et se défont des renommées de musiciens, d’écrivains, d’artistes. Il est bien sûr question de l’affaire Dreyfus et de deux mondes qui s’opposent et se jugent: « être dreyfusard », « être anti-dreyfusard », cela suffit. Finalement, on l’est un peu par atavisme. (observation grinçante)

Les illusions que le narrateur se fait de l’aristocratie sont radicalement déçues lorsqu’il a l’occasion de l’approcher.

Le Rêve

Qu’il soit dormant ou pas, le rêve est un thème cher à Proust. Au sujet du rêve endormi, le narrateur discute la notion du temps qui est bouleversé  lors du sommeil, et il y reviendra dans Sodome et Gomorrhe, comme une obsession.

L’Amour

Le narrateur progresse dans ses idées sur l’amour, dans Le Côté de Guermantes, l’intérêt des femmes pour l’argent ou le statut social de l’homme se confirme à travers le personnage de Rachel, c’est aussi l’occasion de voir naître et mourir un nouvel amour et d’observer que, ironiquement, les passions amoureuses ne font que se succéder. Proust donne sa conception philosophique de l’amour et du désir. L’amour semble impossible puisque lorsque le désir de possession est assouvi alors, il disparait.

La Mort

Ici le temps fait son oeuvre sans qu’on y prête réellement attention. Accaparés par la vie et le tourbillon envoûtant des salons, on en oublie la mort comme le montre la triste fuite de Mme de Guermantes lorsque Swann lui annonce qu’il va mourir. La mort est là qui rode mais elle ne prend jamais le dessus sur la vie. Il sera temps pour le narrateur de pleurer sa grand-mère dans le prochain tome,Sodome et Gomorrhe, lorsque Balbec fera remonter en lui des souvenirs. Comme si la mort d’un être cher devait être mise à distance pour être réalisée.

Albertine et Charlus

Les deux personnages apparaissent dans les deux tomes. Charlus y prend de plus en plus de place pour, finalement, clore le roman et Albertine comme elle le fera encore plus tard, apparaît presque subitement, sans prévenir dans le tome II alors qu’on ne l’attendait pas.

Ces deux personnages sont essentiels dans Sodome et Gomorrhe, tomes suivants.

le côté de Guermantes- Proust

 

Le Style

Ce que l’on retrouve dans chaque livre de Marcel Proust et qui ne nous déçoit jamais, c’est son style inimitable si bien maîtrisé. Ces phrases qui s’étendent, qui s’étirent avec poésie, subliment le flux de pensées et sont des portes semi-ouvertes à la réflexion. Chaque détail et l’occasion de se perdre pour mieux éclairer nos idées sur les êtres, les sentiments, la société. Tout comme l’auteur tire sur ses phrases pour étirer avec elles ses idées, il malaxe nos esprits, nous menant d’un bout à l’autre de ses réflexions.

Avis

J’ai préféré les trois premiers tomes de La Recherche, puisqu’il est moins question ici d’amour que du monde, aujourd’hui perdu -ou transformé-, qu’est l’aristocratie. Cependant, je retrouve le style délicat de Proust et son humour que j’apprécie.

La reprise de la lecture de « Le Côté de Guermantes » a été sans cesse repoussée. Autant les trois premiers tomes se sont laissés lire très facilement, autant il m’a fallu du temps et une quiétude d’esprit -conditions essentielles- pour lire ces deux tomes. Lorsque l’on se met à lire La Recherche, on ne peut être « à moitié » dedans, sous peine de passer à côté. Les lignes de Proust nous accompagnent une fois le livre refermé et jusqu’à ce que les prochaines prennent leurs places dans notre esprit. En résumé, il fallait que j’ai l’esprit assez libre pour recevoir Proust, et ces vacances en étaient l’occasion. J’ai aussi lu les deux tomes de Sodome et Gomorrhe que je vous présenterai bientôt mais je ne pense pas pouvoir lire La Prisonnière avant les prochaines vacances pour ces mêmes raisons.

« Le Côté de Guermantes I et II », Editions Folio classique.

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