« Crime et Châtiment » Dostoïevski

J’ai d’abord pensé ne jamais écrire cet article. Comment parler d’une oeuvre si dense que « Crime et châtiment » sans passer à côté de l’essentiel? Sans passer les subtilités qui en font sa force? Entreprise impossible car il faudrait des centaines de pages pour vous bien parler de « Crime et châtiment », d’autres l’ont déjà fait.

Je n’ai malheureusement jamais étudié Dostoïeveski à l’université, lui ayant préféré Faulkner et Adolfo Bioy Casares. Je le regrette.

Alors, je vais faire ce que je sais faire le mieux, je vais vous présenter « Crime et châtiment » de manière synthétique à travers ma lecture toute personnelle du livre.

L’Histoire

Raskolnikov tue sa logeuse. A ce geste affreux précèdent et suivent des considérations théoriques qui tentent du justifier son geste.

Mais Raskolnikov n’est pas le seul criminel de ce roman.

La faute

En effet , le lecteur rencontre d’abord l’ivrogne Marmeladov qui est coupable de « boire » l’argent du foyer,d’ôter le pain de la bouche de ses enfants pour assouvir ses besoins de boissons. De son crime en découle d’autres puisque son épouse, Catherine Ivanovna, incite la fille de son mari, Sophie, à se prostituer. Puis, il y a bien sûr l’affreux Svidrigaïlov, coupable lui aussi d’un crime que vous découvrirez au fil de votre lecture.

L’atmosphère est oppressante. Personne n’est innocent et la culpabilité est partout à différente échelle. Des crimes, et à chacun son châtiment.

La culpabilité

Pire que la prison, le bagne, la justice; il existe le sentiment de culpabilité qui ronge et tue. Notre pire ennemi, c’est nous-même.

Marmeladov et Catherine Ivanovna ont honte de leurs agissements; Svidrigaïlov semble avoir l’esprit plus pervers. Il nous apparait presque comme le criminel parfait, celui qui n’est pas rongé par les regrets mais ça ne durera qu’un temps. Svidrigaïlov a peut-être plus de profondeur qu’on veut bien nous laisser le croire d’abord.

Peut-on justifier le crime?

La logeuse assassinée, Aliona Ivanova, nous est décrite comme une vieille femme aigrie et cruelle. Rien est fait pour que le lecteur lui porte de l’affection. R. lui doit de l’argent, ça serait bien commode de la tuer mais ce n’est pas le seul mobile du crime. R. se rêve un Grand Homme, comme Napoléon -qui partage d’ailleurs sa chambre!- . Pour lui, tuer Aliona Ivanova est un crime politique puisque celle-ci est jugée « inutile » à la société.

Pourtant, en la tuant, R. ne fait que rompre l’équilibre social sans rien apporter de meilleur.

Comment peut-on juger de « l’utilité » de quelqu’un? S’il est inutile à nous, l’est-il pour tous les autres? Peut-on s’octroyer le droit de tuer pour des raisons politiques?

Un Napoléon raté

Admiratif de la figure de Napoléon, R. veut changer la face du monde, il se veut révolutionnaire, il se veut un Grand Homme et pour cela, pense-t-il, il faut avoir le courage de tuer pour les autres, tuer pour la cause. Mais ne s’est-il pas trompé de cause? Ne s’est-il pas trompé de cible? Tant de questions qui le font osciller entre le regret d’avoir tué et le remord de ne pas être allé assez loin. Raskolnikov est forcé de constaté, et ce avec effroi, qu’il n’a pas la carrure de Napoléon: faiblesse psychologique, manque d’ambition, le constat de son impuissance, dans le sens plein du terme, le détruit autant que l’acte de tuer. Tuer sa logeuse n’était pas le Grand Crime qui changerait le monde.

Roman policier

Depuis le début, on sait qui a tué mais l’enquête nous entraîne dans un suspens haletant. Raskolnikov va-t-il être découvert? va t-il se trahir? tiendra-t-il le coup? Le policier (dont j’ai oublié le nom) et R. constituent un duo qui fonctionne. Tous deux savent qui est coupable. Au policier d’amener R à la rédemption.

La rédemption

Par la justice? Par la religion? D’abord refusées par R. , il sera bien obligé de s’y soumettre tant la torture psychologique qu’il s’inflige involontairement devient insoutenable. La rédemption est un soulagement nécessaire.

Ce que j’en ai pensé

Mais enfin, pour qui se prend-il ce Raskolnikov pour décider de qui a le droit de vivre ou non? de qui est « utile » à ce monde ou pas? Puis, on se prend de pitié pour cet homme qui souffre, qui se cherche, qui n’atteint pas ses propres espérances. Comment ne pas tenter de comprendre son fonctionnement? En cela, ce livre est fantastique car rien n’est jamais tout blanc ou tout noir et Dostoïevski réussit l’exploit de nous faire découvrir la teinte grisée du monde.

La lecture de « Crime et châtiment » n’est pas une lecture détente. On se sent oppressé et mal et à chaque fois que nous fermons le livre, nous ne le quittons pas totalement.

Les prénoms très proches orthographiquement peuvent perturber au début, avant que ceux-ci nous paraissent plus familiers.

« Crime et Châtiment », Dostoïevski. Editions Folio.

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"Crime et Châtiment" - Dostoïevski
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7 commentaires sur “« Crime et Châtiment » Dostoïevski

  1. Je suis contente que tu parles de ce livre qui a été pour moi l’un des plus marquants de ma vie de lectrice. J’ai à présent peur d’ouvrir à nouveau un Dostoïevski de peur de ne pas retrouver la même force dans ses autres récits…

  2. Je n’ai lu qu’un auteur russe à savoir Tolstoï son Anna Karénine mais je me suis dit que je devrais en lire plus. Crime et châtiment est sans doute un roman magnifique mais c’est vrai que ce sentiment d’oppression n’est pas des plus agréables pour le lecteur…Je ne recherche pas que des lectures mièvres ou niaises mais j’ai parfois beaucoup de mal avec les romans "lourds", enfin disons que ça dépend de mon état d’esprit sur le moment et bien sûr de l’intrigue. C’est sans doute pour ça que je lis peu de romans français contemporains comme tu l’avais remarqué, j’ai l’impression que ceux-ci sont souvent emprunts d’une certaine nostalgie ou tristesse par rapport à d’autres..? C’est peut-être un constant un peu bête vu que j’en ai pas du tout lu assez pour en juger mais c’est ce que je me suis dit quand j’ai refermé le dernier 🙂

  3. Je vais essayer de publier un article sur mes livres préférés la semaine prochaine si j’y arrive, ça risque d’être compliqué de faire le tri..J’aime beaucoup les romans français du 19ème mais ça fait depuis longtemps que je n’ai pas eu de coup de coeur pour un roman français "actuel", ou du moins aucun qui figurerait dans cette liste je crois. Je pensais à Albert Cohen, je n’étais pas sûre mais il est bien Suisse!

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