Des soldes à la littérature… « Du côté de chez Swann », la madeleine de Proust

Quand soldes et littérature s’accordent! Mercredi, comme beaucoup d’entre vous, je suis allée faire un petit tour du côté des magasins pour célébrer cet événement – qui n’en est plus un parce que maintenant, les soldes sont moins intéressants que les ventes privées- et, alors que je faisais chou blanc, une douce odeur m’a ramenée directement à d’anciennes lectures de fac de Lettres! L’odeur de la madeleine! Si, si! Je ne rigole pas! Là, au milieu des tops, crops, bottes et autres odeurs de pieds et de transpirations, le parfum de la madeleine, celle dont parle Proust dans le premier tome de La recherche du temps perdu (Du côté de chez Swann). Là, parmi les hordes de modeuses en furie, la clé de l’ Oeuvre de Proust! C’est pas incroyable ça?!

Et cela se présente sous la forme… d’une bougie!

A 50%, je n’ai pas hésité à m’en saisir pour ambiancer mes soirées lecture!

Et pour vous faire partager ma joie, faisons ensemble un saut du côté de chez Swann! Voici le passage, désormais célèbre, de la madeleine de Proust (attention, prenez votre souffle, les phrases sont longues):

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

Des soldes à la littérature..."Du côté de chez Swann", Proust.
La madeleine de ProustDes soldes à la littérature..."Du côté de chez Swann", Proust.

Qui est Proust?

1871- 1922. Marcel Proust, dilettante mondain, n’a pas franchement besoin de travailler et préfère fréquenter les salons aristocratiques où il rencontre artistes et écrivains. Il se nourrit d’art et de littérature jusqu’à ce qu’il se décide à en créer lui-même. En 1907, il entame la deuxième partie de sa vie: l’écriture. En effet, il se lance dans l’écriture de La recherche du temps perdu et publie son premier livre en 1912, Du côté de chez Swann.

L’œuvre de Marcel Proust est une réflexion sur la mémoire affective, l’art, l’amour, l’homosexualité et le vide de l’existence. Tout cela est, bien entendu, fortement inspiré de ses propres expériences et ses personnages sont, eux, inspirés de personnes ayant réellement existé, c’est donc également une fresque de son époque.

Anecdotes:

– Il faut savoir que Marcel Proust s’est « enfermé » tous ses jours durant quinze ans dans sa petite chambre pour rédiger la recherche et ce jusqu’à sa mort.

– Proust avait une santé fragile et souffrait d’asthme.

– La nuit tombée, il dinaît régulièrement au Ritz.

– André Gide, au conseil de la NRF, refuse de publier la recherche et va s’en mordre les doigts… il va supplier Proust de revenir ce qu’il fera.

 

Qu’est-ce que « la madeleine de Proust »?

Inspirée par ce texte, la Madeleine de Proust est une sensation ou un acte anodin qui nous renvoie à l’enfance et à nos souvenirs.

Allez, j’ai piqué sa madeleine à Proust mais ma madeleine à moi, c’est l’odeur du gâteau aux pommes de ma grand-mère bretonne! Et le croustillant de sa croûte caramélisée par l’excès de beurre. Aaah! Les dimanches en famille!

Je m’adresse à vous, lecteurs, et j’espère avoir des réponses car je suis curieuse!

Quelle est votre madeleine de Proust?

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8 commentaires sur “Des soldes à la littérature… « Du côté de chez Swann », la madeleine de Proust

  1. Très joli article Marie! Je ne connaissais pas du tout cette marque de bougie et j’imagine que ton achat doit accompagner à merveille tes lectures.
    En revanche, je dois t’avouer que j’ai du mal à te répondre pour la madeleine de Proust. Je crois que j’en ai plusieurs. Et finalement, ce sont plus des mots ou des images qui vont ramener en enfance.

  2. @Onee-Chan, moi ce que je préfère, c’est mon encens qui vient de Séville et qu’ils diffusent dans les rues de la ville (c’est une autre Madeleine de Proust dirons-nous 🙂 ) Mais en sentant ce parfum de madeleine, je n’ai pas hésité! Il faut dire que je suis aussi une vraie pro des boulangeries, une vraie gourmande!
    @ Claire: Merci Claire! je pense que le concept de la madeleine peut concerner toutes les sensations: le goût, le toucher, l’ouïe… moi j’en ai plusieurs. Puis, comme je le dis au-dessus, ça peut nous ramener à d’autres souvenirs que ceux de l’enfance. Je fais un bide avec ma question! :-s

  3. Très franchement j’ai voulu répondre mais c’est quand on cherche la réponse qu’on ne la trouve pas !!! Cela dit je suis en train de manger des madeleines en pensant à toi ;))
    et j’adore les bougies : à la vanille l’hiver dans mon salon cocon, et à la citronnelle l’été dans les lampions colorés de mon jardin ^^

  4. Encore un très bel article Marie ! ce livre est dans ma pal et je suis sûre d’aimer parce que le contenu me parle et ce rythme de phrases me correspond assez bien : c’est ma tendance naturelle même si je me force à les raccourcir ^^

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