« En l’absence de Bianca » d’ Antonio Muñoz Molina- Aimer jusqu’à se perdre

J’ai trouvé « En l’absence de Bianca » d’ Antonio Munoz Molina, dans les rayons d’une librairie et la quatrième de couverture a immédiatement attiré mon attention.

L’histoire

Mario est un homme simple. Fonctionnaire dans la petite ville de Jaén, il se voue corps et âme à sa femme, jusqu’à l’étouffer.

La narration

Le narrateur est implacable lorsqu’il décrit ses personnages. Les adjectifs et les comparaisons choisies dressent des portraits sans concession. Petit à petit, le narrateur nous livre des indices sur ce couple en apparence, parfait qui ne l’est pas tant que ça. La progression est donc fine et tient en haleine le lecteur tandis que le roman, lui, est construit de manière circulaire. Il commence par la fin, qui nous est expliquée pour y revenir plus tard.

Les personnages

C’est là tout le corps du roman. Mario et Blanca, couple fusionnel nous apparaissent au fil du roman totalement incompatibles. Blanca rêve d’absolu, de passion et semble dotée d’une soif de nouvelles découvertes, d’apprentissage sans cesse renouvelé; Mario est tout ce qu’elle déteste. Petit fonctionnaire a l’esprit étriqué, il ne semble ne s’intéresser à rien d’autre qu’à son épouse Blanca. Blanca se moque de l’argent, née dans une famille bourgeoise, elle peut toujours compter sur sa mère pour combler les découverts; Mario est fils d’ouvrier, il sait ce qu’est le dur labeur. Nous devons attendre la seconde moitié du roman pour comprendre ce qui les a réunis.

L’amour

Blanca et Mario semblent vivre un amour fusionnel. Aussitôt sorti du travail, Mario court rejoindre sa belle qui travaille à la maison. Ainsi, chaque soir, à la minute prêt, il franchit le seuil de la porte où l’attend Blanca. Mais l’ennui est le pire ennemi du couple. Celui-ci gagne Blanca et fait des ravages.

Le narrateur suit Mario, l’amoureux éternel qui voit l’amour de sa vie lui filer entre les doigts. Remise en question, perte d’identité et de confiance en lui, Mario pourra-t-il aller jusqu’à se nier lui-même pour sauver son mariage? Et quand bien même, est-ce que ce sera suffisant?

Encore et toujours, pensée pour Flaubert

A nouveau, et ce n’est pas la première fois cette année, on ne peut lire ce livre sans penser à Flaubert, à ce nigaud de Charles et à l’éternelle rêveuse insatisfaite Emma. Là où au XIXème siècle, la seule réponse à l’ennui conjugal était le suicide; nous subissons aujourd’hui floppé de divorces et de coeurs brisés.

Mon avis

Ce court roman est passionnant et tellement représentatif de notre époque. En quelques pages à l’écriture magnifiquement maîtrisée, Antonio Muñoz Molina nous emporte dans les tourments de ce couple emblématique.

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