« J’avoue que j’ai vécu » Pablo Neruda, poète engagé

J’ai découvert « J’avoue que j’ai vécu » au hasard d’une balade. Il se trouvait au bord d’une table d’exposition de librairie, sur le trottoir. Je connais très peu le poète mais le résumé au dos du livre m’a séduite. J’aime beaucoup les autobiographies à cause du regard distancié que l’auteur pose sur sa vie, les leçons qu’il en a tirées, pain béni pour le lecteur qui souhaite éviter les écueils.

L’Histoire

Le célèbre poète chilien, Pablo Neruda, revient sur sa vie riche de rencontres et d’événements historiques. Nous y croisons les auteurs et politiciens les plus connus de par le monde ainsi que des anonymes qui ont pris part sans le savoir à l’évolution de Pablo Neruda. Publié postmortem, l’auteur a écrit les dernières pages de son autobiographie quelques jours avant sa mort mystérieuse.

Du poète au politicien

Les premières pages du livre font la part belle à Pablo le poète. Dès l’enfance, il semble que Pablo Neruda comble le vide des paysages arides de son Chili natal par les mots.

« Ce sont les mots qui chantent, les mots qui montent et qui descendent… Je me prosterne devant eux… Je les aime, je m’y colle, je les traque, je les mords, je les dilapide…J’aime tant les mots…Les mots inattendus… Ceux qui gloutonnement on attend, on guette, jusqu’à ce qu’ils tombent soudain… Termes aimés… Ils brillent comme des pierres de couleurs, ils sautent comme des poissons de platine, ils sont écume, fil, métal, rosée… Il est des mots que je poursuis « 

« Ils emportèrent tout et nous laissèrent tout… Ils nous laissèrent les mots. »

Pablo Neruda vit pour les mots, outils d’expression de ses émotions et de ses idées. Lorsqu’il s’engage pour la République espagnole, il le fait avec les mots en écrivant «  L’Espagne au coeur« , oeuvre symbolique des combattants pour la République; on dit aussi que le Che est mort avec sur lui  » Chant général » qui l’accompagnait partout. Si le poète n’a pas porté les armes, ses mots auront au moins insufflé un souffle de force à tous ceux qui ont souffert et sont morts pour leurs idéaux.

La poésie, la politique, les deux sont inséparables; ils sont le coeur et la tête du poète chilien.

Les dernières pages sont exclusivement tournées vers la politique et les hommes avec l’espoir communiste de l’arrivée d’Allende au pouvoir puis, la chute. L’angoisse et la colère qui l’accompagnent. Les mots du chilien se font plus virulents… il mourut dans des circonstances mystérieuses douze jours après la mort d’Allende, huit jours après ces pages enflammées….

Les femmes

Les femmes sont étonnement absentes de cette autobiographie si l’on se souvient que Pablo Neruda devint célèbre après la publication de « Vingt poèmes d’amour, une chanson désespérée« .

Nous pensons toujours que les poètes sont dotés d’une grande sensibilité et que pour cette raison, ils doivent être les plus passionnés des amants, les plus aptes à l’amour. L’autobiographie de Pablo Neruda nous montre le contraire au début de cette oeuvre. Les femmes d’une nuit y tiennent plus de place que les trois femmes avec lesquelles il a partagé sa vie, de sorte qu’au début du livre, nous avons l’impression que les femmes ne font que passer dans la vie du poète sans jamais trouver une place dans son coeur plein des mots. Le poète serait-il un être sensuel plutôt qu’un être sensible? Nous apprenons que trois épouses ont partagé les soixante dernières années de sa vie: Maryka, Delia et enfin, Matilde. Nous n’en serons pas plus.

Les amis poètes

Bon nombre de poètes de tous horizons croisent le chemin de Pablo Neruda et le poète nous offre de magnifiques portraits de ses amis.

Federico Garcia Lorca par exemple, est plus souvent évoqué pour sa mort héroïque que pour sa vie qui l’est pourtant tout autant. Pablo Neruda le ramène à la vie de la plus belle des façons: par les mots. Sous la plume de son ami, Garcia Lorca s’anime et se dote d’une véritable épaisseur. Le jeune Federico nous apparaît doux, courageux, plein d’énergie. Tellement jeune. On pourra penser de lui qu’il n’aura pas assez vécu, pas assez aimé.

On apprend également les relations qui unissaient ces poètes engagés, on découvre les caractères antagonistes d’ Aragon et Eluard, l’honnêteté de coeur de ce dernier.

Le style

Poétique, sans aucun doute. Il est difficile de s’arrêter au milieu d’une page dans le métro. Certaines phrases raisonnent dans nos coeurs comme des vers. Une écriture céleste. Magnifique.

Mon avis

J’aime toujours autant les livres qui témoignent de la puissance qu’eut la littérature dans le passé. Ici, c’est un des poètes les plus politisés qui nous décrit non seulement l’ Histoire du Chili au XXème siècle mais également celle du monde tel que l’ont vécu les poètes les plus mémorables.

Malheureusement, la place de la poésie dans nos librairies s’amincit. S’en est effrayant. Et si comme le prédisait Apollinaire, la poésie était amenée à disparaitre? La poésie n’attire plus autant de public mais elle est l’essence de l’homme et en cela, elle ne disparaitra jamais. C’est ce que nous dit Neruda dans ses pages. J’aimerais que nous n’oubliions jamais ces artistes qui se sont battus à leur manière pour la liberté des peuples.

J’avoue que j’ai vécu, Pablo Neruda, Editions Folio.

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8 commentaires sur “« J’avoue que j’ai vécu » Pablo Neruda, poète engagé

  1. La poésie n’est pas une littérature de masse mais il ne me semble pas qu’elle se meurt. Je crois qu’elle rencontre toujours bel et bien son public : peu nombreux mais passionné 😉
    Je ne connais pas encore Pablo Neruda mais je tourne autour depuis plusieurs mois, je vais finir par céder. Du côté de l’Amérique latine, j’aime aussi beaucoup (j’adore !) la poétesse Alejandra Pizarnik plus contemporaine (elle écrit dans les années 50-60).

  2. Je suis tout à fait d’accord avec toi et c’est ce que j’ai écrit dans mon avis. Il n’empêche que la poésie n’étant plus (ou peu) éditée, elle rencontre un public moins important et les poètes n’ont plus autant d’influence qu’ils en ont eue dans le passé 🙁 Ce qui est fort triste

  3. C’est vrai que les rayons liés aux poètes s’amincissent dans les librairies, c’est vraiment regrettable d’autant que beaucoup de poètes nous ont marqués grâce à cette forme d’écriture. Jolie critique !

  4. A priori ce n’est pas pour moi parce que je n’ai plus trop envie de bio, que je connais déjà mal ce poète et la poésie en général et que donc j’ai peur de passer à côté, mais tu le vend bien… Alors qui sait !

  5. Merci! Mais une petite précision, c’est une autobiographie. J’aime les autobiographies autant que je n’aime pas les biographies qui sont souvent imprécises.

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