« L’Obscure Histoire de la Cousine Montsé » de Juan Marsé- Les amoureux terribles

Voici ma dernière trouvaille de Juan Marsé, auteur que j’apprécie particulièrement comme vous avez pu le voir dans un précédent article (ici).

Comme je lis beaucoup, je n’achète presque que des livres d’occasion et il n’est pas facile de trouver des livres de cet auteur, alors lorsque j’en trouve, je ne me pose pas de questions et je m’en empare!

Le titre est assez évocateur puisqu’on y sent le mystère autour d’un personnage, Montsé et c’est bien le point principal de cette histoire.

L’Histoire

Alors qu’une vieille passion se réveille entre Nuria et Paco, le cousin andalou de retour d’un exil de dix ans à Paris, les deux amants reviennent sur l’histoire qui obsède le jeune homme, celle de sa cousine Montsé. Le mystère qui recouvre ce personnage se découvre peu à peu à travers le récit de souvenirs du Barcelone puritain des années 60.

Montsé est une jeune fille respectable, une Claramunt. Elle tombe amoureuse d’un prisonnier, Manuel. Forte (?) de son éducation chrétienne, Montsé aime pleinement et aveuglement cet homme obscur, impénétrable. Les Claramunt ne peuvent laisser leur fille vivre cet amour scandaleux et illégitime et vont tout faire pour séparer Manuel, ce charnego (immigrant espagnol) profiteur et la dévouée Montsé; sans se rendre compte qu’un autre amour se développe sous leurs yeux, tout aussi répréhensible, celui de la soeur de Montsé, Nuria et de Paco, le cousin.

Le style

Comme d’habitude, Marsé se livre à un exercice de style. Le présent tente de démêler les mystères du passé ; le narrateur change de destinataire sans crier gare et les phrase s’allongent pour pénétrer plus en profondeur le mystère de la cousine Montsé. Même le traducteur s’y perd parfois, malheureusement.

Bienséance et mauvaise foi

Un des thèmes principaux est bien sûr la mauvaise foi des bonnes familles de Barcelone à l’éducation religieuse qui accepte d’aider les moins chanceux à condition qu’ils restent loin d’eux. A partir du moment où Manuel, l’ancien prisonnier quitte sa cellule et se rapproche de l’une d’entre eux, alors il n’est plus question d’entre-aide. Le pauvre prisonnier à qui on venait prêcher la bonne parole du temps où il était derrière les barreaux devient l’ennemi à abattre.

Le décalage entre les mots et les actes est encore plus intense dans les trois chapitres qui relatent les quelques jours que Manuel passe à un séminaire religieux pour faire plaisir à Montsé.

La religion et la société bourgeoise espagnole ont un point commun: elles ne sont que façades; de belles façades polies derrière lesquelles grouillent les maux et les vices humains.

Montsé et Manuel

Montsé a le coeur pur. Avant de rencontrer le prisonnier, elle n’a jamais aimé. Elle ne connaît que l’amour chrétien, entier et un peu trop naïf peut-être.

La pauvre Montsé n’est pas jolie; on la dit candide puis franchement bête lorsqu’elle s’entiche de Manuel. Comment cet homme ténébreux pourrait la rendre heureuse? Tout « le monde » le voit, Manuel profite d’elle, comment ne le voit-elle pas? Il semble que Montsé soit la seule à nier l’évidence. Manuel ne peut renier ses instincts et ses vices, toujours « le couteau entre les lèvres« .

Car comme dans tous les romans de Juan Marsé, personne n’est parfait et par conséquent, l’amour non plus. Manuel ne trouve pas de travail et la dévotion de Montsé pour l’aider le touche. Il l’aime bien la petite mais est-il un homme à n’aimer qu’une femme?

Le drame annoncé trouve ses explications au fil des pages.

Paco et Nuria

Dans le même temps, Paco lui aussi vit son histoire d’amour interdite avec sa cousine Nuria. Passion qui le dévore. Pourquoi n’aurait-il pas droit lui non plus d’être enfin un Claramunt? Il existe un lien fort entre Paco et Manuel. Tous les deux charnegos, tous les deux interdits d’approcher les filles Claramunt, tous les deux espérant une ascension sociale et tous les deux rêvant d’avoir ce qui leur est refusé.

Paco voit le malheur arriver et participe à la chute, par solidarité peut-être ou pour se dire que cette histoire est possible et, par là même, la sienne.

Mon avis

L’univers de Marsé me plaît toujours autant. Les personnages imparfaits sont terriblement réalistes, de même que les thèmes abordés. La traduction, parfois laborieuse a pu me gêner mais je ne renonce jamais devant un bon Marsé.

L’obscure histoire de la cousine Montsé, Juan Marsé- Editions Points.

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Juan Marsé

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3 commentaires sur “« L’Obscure Histoire de la Cousine Montsé » de Juan Marsé- Les amoureux terribles

  1. Je retiens le nom de l’auteur, je n’en avais jamais entendu parler et ça pourrait me plaire beaucoup au vu de ton article. Surtout qu’en ce moment j’enchaîne les livres à l’histoire identique (ou quasi) et pas très bien écrits. C’est le genre d’histoire que j’aime, donc je passe outre mais encore une fois quand je choisis un livre seul le résultat n’est pas très probant…

  2. C’est vrai qu’on n’en entendant pas beaucoup parler, je l’ai découvert parce qu’on m’a offert un de ses livres, celui que je préfère d’ailleurs et qui se passe l’été, la période est donc idéale:Teresa l’après-midi.

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