« La grammaire est une chanson douce » – Erik Orsenna

Je souris en écrivant cet article parce que je me rends compte que je choisis encore de vous présenter un roman destiné autant aux adultes qu’aux enfants. J’insiste: AUTANT. Ca doit être la nostalgie de mon année scolaire! Toujours est-il que voici le livre que je vous présente, en attendant de vous parler de ma dernière lecture de John Irving.

La grammaire est une chanson douce est une jolie histoire dans laquelle les mots sont les héros ( est-ce que cela n’aurait pas pu être le souhait de Gustave Flaubert? ).

Jeanne, la narratrice, et son frère aîné Thomas sont propulsés, tels Alice au pays des merveilles, sur une île extraordinaire habitée par les mots.

Les mots justement qui n’ont plus de sens pour cette jeune adolescente qui voit ses parents s’entre-déchirer et sa professeure de français, les rendre incompréhensibles suite au passage de l’affreuse inspectrice!

Guidés dans ce voyage initiatique par Monsieur Henri (largement inspiré de feu M. Henri Salvador, musicien et poète), vont-ils se réconcilier avec les mots?

Pour la professeur de français que je suis, cette belle histoire permet d’aborder de façon ludique les natures et les fonctions (ça passe tout seul!)

Pour l’amatrice de littérature que je suis également, je dirais que la grammaire est une chanson douce permet de nous rappeler que les mots sont une richesse, il faut les cajoler, en prendre soin pour qu’ils ne perdent pas leur sens originel. N’oublions pas que Erik Orsenna est membre de l’Académie Française depuis 1998, son rôle est de défendre la langue et il le fait très bien dans ce livre et ses suites ( Les chevaliers du subjonctif, la révolte des accents), auprès des petits comme des grands.

Pour vous faire comprendre comment ces deux axes de lecture apparaissent dans le livre, j’ai choisi deux citations, deux passages qui me parlent:

« Les noms et les articles se promènent ensemble, du matin au soir. (…)
Le nom féminin « maison » pousse la porte précédé de « la », son article à clochette.
-Bonjour, je me trouve un peu simple, j’aimerais m’étoffer.
-Nous avons tout ce qu’il vous faut dans nos rayons, dit le directeur en se frottant déjà les mains à l’idée de la bonne affaire.
Le nom « maison commence ses essayages. Que de perplexité! Comme la décision est difficile! Cet adjectif-là plutôt que celui-ci? La maison se tâte. Le choix est si vaste. Maison « bleue », maison « haute », maison « fortifiée », maison « alsacienne », maison « familiale », maison « fleurie »? Les adjectifs tournent autour de la maison cliente avec des mines de séducteurs, pour se faire adopter. Après deux heures de cette drôle de danse, la maison ressortit
avec le qualificatif qui lui plaisait le mieux : « hantée ».

– Et celle-ci, que je connais par coeur tant elle me parle:

 » Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t’aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu’elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu’elle nous parlait :
– Je suis un peu fatiguée.
Il paraît que j’ai trop travaillé. Il faut que je me repose.

– Allons, allons, Je t’aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pieds.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète « Je t’aime ». Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s’usent. Et parfois, il es
t trop tard pour les sauver.  »

Je sais ce que vous vous dites: une oeuvre qui porte ce nom doit être rébarbative, ennuyante, et bien détrompez-vous; elle est pleine de poésie et mes élèves de 6ème ont adoré. Pensez-vous qu’ils se prendraient de passion pour un manuel de grammaire?!…

Erik Orsenna, l'académicien

Erik Orsenna, l’académicien

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5 commentaires sur “« La grammaire est une chanson douce » – Erik Orsenna

  1. haa ce livre qui montre que la littérature destinée aux enfant NE doit pas être de la sous littérature. J’aime la poésie de ce livre qui parle à la passionnée de grammaire (si si ça existe) que je suis !

  2. J’aime aussi la grammaire, c’est un peu le côté "rationnel" du français. J’ai aimé les mathématiques aussi, ça m’amusait et pour moi, la grammaire, c’est la même chose, les mathématiques du français!

  3. Je n’ai jamais lu de roman d’Erik Orsenna et ton billet m’a rendu très curieuse. Je note la référence et j’essaierai de le trouver prochainement.

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