« La Septième Fonction du Langage », Laurent Binet- Brillant!

Lorsque je cherchais quels romans français offrir à mon ami américain, je suis tombée sur « La Septième Fonction du Langage » de Laurent Binet. Mon ami s’intéressant de près à la France, à la littérature et au roman policier-il en a écrit un lui-même-, ce roman me paraissait parfait puisqu’il est tout cela à la fois.

J’ai tellement apprécié l’idée-même du livre et les premières pages que je me suis empressée de le lire moi-même à mon retour des Etats-Unis.

L’Histoire

Roland Barthes, le célèbre linguiste français, meurt renversé par une camionnette le 25 février 1980. Et si ce n’était pas un accident? Le commissaire Jacques Bayard est chargé de l’enquête, pour l’aider à comprendre et à s’insérer dans le monde peu ordinaire des intellectuels et des politiques de l’époque, il choisit de se faire seconder par Simon Herzog, jeune sémiologue.

Ami ou ennemi des plus grands penseurs de son temps, Roland Barthes déjeunait avec Mitterand et dînait avec Giscard. Sa disparition fait l’effet d’une bombe. Sa disparition? ou bien les documents qu’il détenait et qui ont disparus?

Du Roman Policier…

Laurent Binet utilise les codes du roman policier avec talent. Une intrigue: Qui a volait les documents?, un meurtre: Roland Barthes, un inspecteur vieillissant et un jeune premier: Bayard et Simon, des suspects: Giscard et Mitterand, deux politiques qui s’intéressent de trop près à cette affaire, Sollers, Kristeva et les autres, des intellectuels en quête d’une pensée nouvelle qui mettra la lumière sur leurs découvertes, des rebondissements à n’en plus finir: Paris, Bologne, l’université de Cornell et enfin, un mystérieux document disparu.

…A la Serie B, il n’y a qu’un pas

Ajoutez à cela, de méchants russes, des bulgares, des japonais, des italiens et des français qui se battent pour le même Graal en un mélimélo délicieusement burlesque, du sexe ainsi qu’une bonne dose d’intrigues secondaires et vous êtes en pleine série B.

Rattrapage: Cours de Linguistique

Mais tout cela n’est que le prétexte à un rappel linguistique. Derrière se roman, policier en apparence, se cache un vrai cours de linguistique. Celle-ci n’aura plus de secret pour vous. Les grands théoriciens, les fonctions du langage et le pouvoir de la rhétorique vous seront familiers.

En cela, je rapproche « La Septième Fonction du langage » de Laurent Binet de « La Grammaire est une Chanson Douce » , d’Erik Orsenna, le premier s’adressant aux adultes et le second aux adolescents. Il est en effet question d’utiliser les codes du roman ( pour l’un policier, pour l’autre d’aventure) pour nous faire découvrir les subtilités du langage.

Le Milieu Intellectuel et Politique des Années 80

Quel plaisir de retrouver l’atmosphère des années 80! D’entrer par la petite porte dans le monde très privé des intellectuels de l’époque aujourd’hui célèbres: les moeurs légères de Foucault, le sentiment d’infériorité de Sollers, la froideur réfléchie de Kristeva, la sagesse d’Umberto Eco, la droiture de Derrida, la triste folie d’ Althusser, les chuintements de Giscard, l’autorité de Mitterand, jusqu’à la chemise blanche d’un BHL, déjà trop mêlant!

Humour et Style

Les personnages se retrouvent dans des situations cocasses ou grotesques, Les phrases courtes et vives s’enchaînent comme des joutes et finissent le plus souvent sur une pointe assassine. Les traits de caractère des intellectuels et connus du public sont grossis jusqu’à l’absurde. Les situations sont drolatiques, parfois abracadabrantes.

A la lecture de « La Septième Fonction du Langage », j’ai tout de suite pensé à l’écriture de David Lodge ( ici et ici) un des rares auteurs contemporains à me faire rire à gorge déployée. Les deux écritures sont très proches.

La Comédie Humaine

Plus la vie devient folle, plus Simon Herzog, le personnage principal qui n’avait encore rien vécu, se demande s’il n’est pas le héros d’un roman. Et si la vie était écrite? Si nous n’étions que des personnages de papier? Simon, vous et moi? Alors il faudrait faire de notre mieux pour échapper à l’inévitable. Quelle tragédie!

Si Dieu existe, alors c’est un bien piètre narrateur

« La Septième Fonction du Langage », Laurent Binet, éditions Le Livre Poche

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5 commentaires sur “« La Septième Fonction du Langage », Laurent Binet- Brillant!

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman que j’ai trouvé osé, audacieux et très intelligent. J’ai par contre été bien vite lassée par ce côté voyeuriste et vulgaire qui, franchement, n’apporte rien à l’histoire.

        1. Oui, après réflexion, je me suis dit que tu devais parler de cela 🙂
          Je pense moi que ces scènes de sexe ne sont pas inutiles et grossissent le trait de la sexualité libérée des intellectuels des années 80. C’est un trait caricaturé parmi d’autres par l’auteur, comme les rebondissements à n’en plus finir des romans policiers commerciaux. C’est justement ce grotesque qui m’a fait beaucoup rire lors de ma lecture 🙂 Merci pour ton avis 😉

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