« Le Bonheur National Brut » ou le désenchantement d’une génération, de François Roux

Le livre s’ouvre sur la liesse générale à l’élection de François Mitterrand et se ferme, trente et un ans plus tard, sur l’élection de François Hollande. Victoire silencieuse et maitrisée. Que s’est-il passé dans ce laps de temps qui pourrait expliquer la disparition de l’espoir collectif?

L’Histoire

Le narrateur, Paul, a dix-huit ans le 10 Mai 1981, entouré de ses trois amis: Tanguy, Rodolphe et Benoît, il fêtera ce nouveau départ politique. 1981, c’est aussi l’année du Baccalauréat, l’année d’une toute nouvelle liberté et d’un départ dans la vie. Paul se cherche sexuellement et professionnellement, il essaie tant bien que mal de se détacher d’un père trop tyrannique. L’orateur Rodolphe se voit changer le monde et pour cela, il s’écartera du chemin communiste que lui avait tracé son père pour rejoindre le parti socialiste. La soif de réussite de Tanguy, animée par le manque d’un père disparu trop tôt, servira le commerce; Enfin, Benoît , qui est finalement bien le seul à ne pas être hanté par la figure du père, confirmera sa singularité dans l’art.

L’Espoir

Chacun avance dans la vie tant bien que mal. D’abord tous animés par l’espoir que leur offrait cet air nouveau venu de la gauche ( et l’innocence de la jeunesse, il faut bien le dire); on les retrouve vingt-cinq ans plus tard, enfermés dans des vies qui ne les satisfont finalement pas entièrement.

En 2012, l’espoir que pouvait représenter François Hollande pour l’Europe étouffée sous les réformes budgétaires fut sourd, presque inaudible. Que s’est-il passé pour que cette jeune génération, la génération désenchantée (la nôtre) soit déjà si méfiante à l’égard de la politique?

Le Bonheur

Au fond, quelle est cette idée du bonheur après laquelle tout le monde court?

La question du bonheur est ici traitée sous fond de bouleversements politiques et sociaux profonds. En trente ans la vie a changé: l’organisation du temps, la valeur que l’on donne à l’argent, les moeurs. Qu’est-ce que le bonheur? Est-il le même que celui que l’on pouvait s’imaginer dans les années 80? Quelle forme prend-t-il aujourd’hui?

Quatre garçons plein d’avenir

Paul, Benoît, Rodolphe et Tanguy symbolisent la société sous Mitterrand. Des garçons cultivés et éduqués qui vont, chacun à leur manière, participer à façonner ce monde en constante évolution.

Ce que j’en ai pensé

Avant de lire ce livre, j’avais vu le film « Des lendemains qui chantent » qui reprend le même thème, bien que traité très différemment. Si les auteurs et scénaristes ressentent le besoin de raconter cette période historique pourtant si fraîche c’est sûrement parce que maintenant que nous sommes dans une impasse, il semble opportun de se retourner pour réfléchir à ce qui nous y a menée. Après avoir essayé la droite, puis la gauche et après avoir été déçus et par l’une et par l’autre, nous devons probablement accepter que ce ne sont pas les politiques qui sauveront le monde. Alors pourquoi ne pas changer le monde à son échelle en nous recentrant sur nos valeurs profondes et en essayant de se sauver soi-même?

Le livre est dense, et il faut prendre le temps de lire ces 679 pages mais, j’ai été touchée par l’évolution de ces quatre garçons, et à travers eux, l’évolution de notre société. Ce livre plaira sans aucun doute à la génération qui était adolescente en 1981 mais nous sommes tous concernés. Comment la société est devenue ce qu’elle est aujourd’hui?

Une petite déception néanmoins; nous passons directement de 1984 à 2009, laissant nos amis traverser les années les plus importantes de leur vie sans nous. Pourtant, dans la deuxième partie, des explications sont données sur ce qui s’est passé durant ces vingt-cinq années. Je n’aurais pas construit le livre de cette façon. Si on passe ce petit point négatif,  » Le Bonheur National Brut » est un livre que je vous recommande. Les personnages sont attachants, avec eux nous « apprenons », car il s’agit bien d’un roman d’apprentissage. Celui de toute une génération.

Pour finir cet article, je pense à une phrase de Paul qui résume assez bien la nouvelle façon de penser: « Nous devrions être des promeneurs de nos vies au lieu d’en être des marcheurs entêtés »

Ce livre m’a été offert par Laurence de Cultura dans le cadre des Talents 2014.

Le Bonheur National Brut, François Roux. 22, 90e

François Roux

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3 commentaires sur “« Le Bonheur National Brut » ou le désenchantement d’une génération, de François Roux

  1. Je prends note parce que je pense que cela pourrait apprendre beaucoup de choses, j’ai arrêté l’histoire depuis pas mal de temps déjà (hormis l’histoire de la gestion forcément) et je n’ai fait qu’un peu de sciences politiques en L1. Ce sont pourtant des sujets qui m’intéressent mais que mon "cursus" ne traite pas trop et c’est vrai que je n’ai jamais vraiment fait l’effort de m’y intéresser à côté alors que ce sont des cours qui m’ont beaucoup plu. Hormis le côté instructif, je pense que c’est effectivement intéressant de voir comment on est arrivé à cette désillusion et à ce désintéressement général (je ne suis pas la politique de très près donc bon).
    Pour l’instant je lis "cent ans de solitude" il me semble que tu avais écris un article dessus:) Je lirai peut-être ce livre mais peut-être pas de suite 😉

  2. et dire que quand je l’ai vu je me suis ruée dessus car je savais que tu en avais parlé et que j’avais adoré l’amour au temps du cholera! Je continue ma lecture on verra bien:). (Et vu le pavé j’ai le temps)

  3. J’avais parlé de "cent ans de solitude" dans mon article sur "L’amour au temps du choléra" mais je n’en ai pas fait un article. Je n’en garde pas un bon souvenir.J’ai même failli ne jamais relire du Garcia Marquez après "Cent ans de solitude".
    "Le Bonheur National Brut" à pour toile de fond la politique mais ça reste l’histoire de quatre garçons qui cherchent le bonheur que la société leur a promis:)

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