« Le Dernier Arrivé », Marco Balzano- L’Histoire est un éternel recommencement

J’ai choisi de lire « Le Dernier Arrivé » de Marco Balzano parce que je suis curieuse de la culture italienne et, par conséquent, de sa littérature. J’avais aimé « L’amie Prodigieuse » et « Le Nouveau Nom » d’Elena Ferrante et l’histoire de Marco Balzano s’inscrit dans un contexte social identique, bien que le sujet ne soit pas du tout traité de la même manière. De plus, le prix des lecteurs Campiello 2015, remporté par Marco Balzano pour ce livre, m’a confortée dans mon choix.

L’Histoire

Un homme est incarcéré dans une prison milanaise. Pour survivre aux moments les plus douloureux de son incarcération, il pose les mains sur ses yeux et s’évade dans ses souvenirs. Ainsi, nous suivons le « petiot » Ninetto des quartiers difficiles de San Cono en Sicile, aux quartiers délabrés des « enfants du sud », en banlieue de Milan où il va chercher du travail à l’âge de 9ans avec un ami de son père. Le petit qui se rêvait poète se heurte aux réalités de la vie et à l’absurdité de la condition humaine.

Le Suspens

Ninetto, 57 ans, est en prison. Le lecteur ne sait pas ce qui l’a amené ici bien que quelques indices nous soient donnés au fil du récit. Ceci a pour conséquence de suspendre également la profondeur de l’attachement que l’on a petit à petit pour ce personnage qui n’a pas eu une enfance facile. Qu’a fait Ninetto, cet enfant débrouillard, pour se retrouver derrière les barreaux?

La Narration 

C’est donc Ninetto, le personnage principal qui nous raconte son histoire. Son langage est plus proche de celui du détenu sans éducation que du poète qu’il rêve d’être. Cela permet d’imaginer ce que Ninetto ressent sans pour autant l’expliciter. Une certaine maladresse et une naïveté dans la narration, rendent le personnage attachant. C’est certain, Ninetto ne peut être complètement mauvais, bien qu’un peu bourru tout de même.

Le Personnage

J’ai regretté qu’il n’y ait pas plus de sentiments exprimés ou de réflexions poussées par rapport aux événements vécus mais cela permet au lecteur de se forger sa propre opinion. Après tout, Ninetto n’est là que pour témoigner de ce qui lui ai arrivé, à nous d’en tirer des conclusions.

Derrière ce prisonnier, qui est apparemment responsable d’une faute grave, se dégage une certaine tendresse. C’est un époux aimant et fidèle, un fils qui se préoccupe du bien-être de sa mère malade, alors qu’elle n’a pas toujours été très tendre avec lui dans son enfance. Il travaille courageusement sans jamais se plaindre des conditions ou de quoi que ce soit d’autre d’ailleurs.

La Jalousie

Pourtant, on sent poindre une faiblesse chez Ninetto: la jalousie est son plus grand défaut. Elle prend de plus en plus de place dans la vie du jeune Ninetto. Il se montre excessivement possessif avec les femmes qu’il aime, voire violent avec les prétendants. Lorsque ce sentiment sommeille dans l’esprit d’un enfant des rues, on imagine où il peut le mener.

L’Enfance

Ninetto a dû quitter ses parents, sa ville, ses amis; il a dû travailler dès l’âge de 9 ans pour quelques lires et pourtant, il garde un souvenir attendri de son enfance. L’enfance est le moment des rêves, des illusions et de la foi en un avenir meilleur où tout est encore possible. En cela, on se rappelle toujours de notre enfance avec tendresse.

L’Absurdité

Sorti de prison, Ninetto fait le bilan de sa vie et se rend compte de son absurdité. Il traverse la vie plus spectateur crédule qu’acteur décidé, il ne peut s’empêcher de répéter les mêmes erreurs comme il a posé les mêmes pièces sur une chaîne de montage Alfa Roméo pendant trente-deux ans. Il ne trouve pas de but à son existence. D’ailleurs, il se reconnaît entièrement dans le personnage de Meursault dans « L’étranger » de Camus. Camus, l’auteur prophète, qui est encore une fois cité et encensé dans un roman contemporain.

La Société

« Le Dernier arrivé » nous rappelle que des enfants de 9 ans travaillaient péniblement dans les années 50 faisant fi de l’éducation, ce qui a eu des conséquences désastreuses sur cette génération et sur la société. Marco Balzano traite aussi le sujet de la condition des migrants. Les peuples ont toujours dû s’adapter à des flux migratoires puisque la population se déplace là où elle peut trouver du travail et vivre -croit-elle-dans de meilleurs conditions, avant de déchanter et de se rendre compte qu’ils ne vivront pas la même vie que ceux qui étaient là avant. Les conditions d’accueil désastreuses de ces populations expliquent les chemins personnels cahoteux et la violence inévitable. Ninetto rapproche ainsi son expérience de sicilien débarquant à Milan dans les années 50 de celle des africains arrivant en masse en Italie aujourd’hui. Sisyphe et sa pierre, l’éternel retour: quand casserons-nous ce cercle infernal?

Le Style

Je venais de finir « Sodome et Gomorrhe » de Proust et c’est sûrement la raison pour laquelle j’ai été surprise par l’extrême simplicité du style adopté par Marco Balzano. Cependant, il est toujours difficile de juger du style d’un auteur traduit. Pour cela, il aurait fallu que je lise la version originale. Le livre est très facile à lire et les idées qui en ressortent sont intéressantes, mais ce n’est pas un exercice de style, c’est certain.

« Le Dernier Arrivé« , Marco Balzano, Editions Philippe Rey.

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