« Le Guépard », Giuseppe Tomasi Di Lampedusa- La fin d’un monde

« Le Guépard » de G. Tomasi Di Lampedusa est au programme de l’agrégation dans le groupement d’oeuvres « Romans de la fin d’un monde ». Joyeux programme. Cela dit, qui dit la mort d’un monde, dit naissance d’un nouveau. Ce ne doit pas être toujours négatif.

Plus le temps passe, plus je me demande si cela vaut bien la peine d’aller aux épreuves d’agrégation. Trop de choses m’occupent l’esprit par ailleurs. C’est loin d’être ma priorité, donc autant dire que je n’ai absolument aucune chance! mais enfin, je continue de lire et de suivre les cours avec autant de plaisir.

Revenons au livre!

L’Histoire

Le Prince Salina assiste, presque impuissant, à la chute de son Empire. Son jeune neveu, Tancrède Falconeri, représente la force vive qui s’adapte aux tendances de l’Histoire pour ne pas être tout à fait dévoré par elles. Un nouveau monde est en train de naître et la mariage de l’aristocrate Falconeri avec la belle Angélique Sedara, figure de la bourgeoisie montante, en est une belle représentation.

Anecdote

L’auteur, s’est inspiré de son grand-père pour créer le personnage du Prince Fabrizio Salina. C’est son unique roman.

Un roman historique

Il s’agit d’un tableau de la Sicile de 1860 à 1910 et donc, avant tout de la disparition de l’aristocratie et de ses valeurs; la fin des traditions siciliennes si durablement inscrites dans les terres.

La figure du Prince Salina

Le Prince Salina, c’est la Sicile. La Sicile qui a connu une jeunesse flamboyante; celle qui est contrainte d’accepter, tête basse, les mouvements de l’Histoire; une terre de feu qui se dessèche à force d’avoir trop brûlée; une terre résignée et sur le déclin.

Pour ces mêmes raisons, le Prince Salina devient les personnage emblématique de la mélancolie.

Tancrède, l’insolente jeunesse

Tancrède est malin et il a bien compris que pour survivre, il faut s’adapter. Il en a encore l’âge, lui et la force. En cela, il s’oppose à son oncle. D’abord intéressé par sa cousine, jeune femme éduquée et distinguée qui lui assurait un mariage aristocratique, Tancrède sent le vent tourner et il lui préfère Angélique, la belle inculte bourgeoise. Le Prince le soutient; on comprend qu’il en aurait peut-être fait autant à son âge.

Tancrède se range toujours du bon côté et, tel une girouette, change d’avis au gré du vent. D’abord garibaldien, ensuite casaque. On pense à Pierre Rougon dans « La fortune des Rougon » d’Emile Zola.

Il est à la fois l’opposé du Prince et son alter ego. Tancrède est ce que le Prince n’est plus.

L’amour

Comme je l’explique souvent à mes élèves, pas de roman sans intrigue amoureuse! Ici, la pauvre cousine est délaissée par Tancrède et, par la même occasion, trahie par son père qui accepte le mariage. En plus de le servir, ce mariage avec Angélique est un mariage d’amour (ou en tout cas, de coup de foudre). Tancrède est réellement sous le charme de cette belle sicilienne sauvage et naturelle. Elle incarne à elle seule, la sensualité sicilienne.

L’Histoire en marche: faites place!

Il s’agit avant tout de la disparition d’un monde pour un autre et il est saisissant de voir ce que cela fait de se retrouver fasse au renoncement forcé de tout ce qu’on a connu jusque-là (que l’on défende l’aristocratie ou pas!). Laisser ses valeurs et ses traditions derrière soi pour en adopter d’autres rapidement n’est pas chose aisée et cette conclusion s’adapte à bien d’autres situations.

Le Prince ne suit plus et il n’est pas le seul. Giuseppe Tomasi Di Lampedusa utilise tout au long de son roman de magnifiques images pour nous le faire comprendre; comme celle de ces bêtes empaillées que l’on jette et qui représentent la fin d’un monde déjà mort depuis longtemps.

Le style

Ce qui m’amène à écrire un mot sur le style. J’ai été tout étonnée d’apprendre qu’il s’agissait du premier et seul roman de Tomasi Di Lampedusa. Le style est superbe, les descriptions parfaitement intégrées et riches de sens. Splendide!

Mon avis

Encore un beau livre que nous propose le programme d’agrégation cette année.

L’histoire est forcément poignante et ce sentiment est renforcé par les images, tellement belles. On assiste avec peine à la mort psychologique du Prince Salina qui laisse sa place avec élégance et acceptation à la jeunesse, à Tancrède, le neveu ambitieux.

C’est aussi un tableau passionnant et sans concession de la Sicile et des siciliens.

Rien est laissé au hasard sans ce livre; ni les émotions, ni les images; ni le style, ni la traduction. Un chef d’oeuvre.

Le Guépard, Tomasi Di Lampedusa, Editions Points.

 

 

 

 

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6 commentaires sur “« Le Guépard », Giuseppe Tomasi Di Lampedusa- La fin d’un monde

  1. Bonjour Marie,

    tes posts ne remontent plus sur ton compte twitter, j’imagine que cela est du au déménagement de ton blog ?
    Je vais régulièrement sur ton blog donc ca ne me dérange pas, mais je préférais te le dire au cas où ^^

    Bone journée à toi !

    1. Bonjour Jennifer,
      Oui, j’ai également vu le film… c’est un beau film, une bonne adaptation mais les adaptations me paraissent toujours fade après avoir lu le livre! :-/

commentaires