« Le journal d’une femme de chambre » d’Octave Mirbeau: le film peut-il être aussi provocateur que le livre?

C’est à l’occasion d’une rencontre avortée entre blogueuses au mois de juillet que j’ai eu l’occasion, ainsi que mes autres camarades blogueuses, de lire « Le journal d’une femme de chambre ». Ce livre d’Octave Mirbeau paru en 1900 m’a fait forte impression et si j’en parle aujourd’hui, c’est parce que je ne cesse de voir au cinéma la bande annonce d’une énième adaptation cinématographique et que je doute que le film soit aussi novateur et impertinent que ne le fut le livre. Explications.

L’Histoire

A travers la lecture de son journal, le lecteur fait la connaissance de Célestine, une femme de chambre parisienne qui vient s’installer en Normandie, au Mesnil-Roy. A travers le regard et les mots sans concession de Célestine, Mirbeau peint le portrait de la petite société provinciale et parisienne de l’époque.

Un parler-vrai

Célestine ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de décrire les patrons et ces petits gens de Province. Le langage est familier. On se délecte du franc-parler de Célestine qui appelle un chat un chat, comme on dit. (voilà que je m’y mets.)

Célestine se moque, ragote, règle ses comptes sur papier et la gracieuse servante tombe le masque. Attention, Célestine a du caractère et ne compte pas se laisser mener par le bout du nez par qui que ce soit, encore moins par ses patrons.

Célestine est une femme d’instinct, elle aime passionnément ou déteste avec rage. Tour à tour mesquine, curieuse, impertinente, manipulatrice; Célestine n’est pas un modèle de sagesse.

Dès les premières lignes, c’est cette écriture qui m’a interpelée. La femme, héroïne du roman n’a rien d’une pleurnicharde. C’est une femme forte et volontaire qui porte un regard distancié et amusé sur les personnes qui l’entourent et sur sa propre vie. Je trouve ce personnage extraordinaire pour l’époque et je me suis souvent fait la réflexion que ce livre avait dû en déranger plus d’un à sa sortie. Et si le petit personnel qu’on oublierait presque tant il fait partie des meubles, était plus malin et plus espiègle que nous ne le pensions? de quoi y réfléchir à deux fois avant d’accueillir la prochaine femme de chambre!

Plusieurs récits en un

De sa maison Normande froide et avare, Célestine se souvient d’un autre monde, beaucoup plus luxueux mais tout autant perfide: les maisons parisiennes, car Célestine a de l’expérience et est passée par beaucoup de maisons. L’occasion de dépeindre un peu mieux la société de l’époque à travers d’autres petites histoires du passé qui viennent nourrir la principale.

Un peu d’Histoire aussi

Si dans « Le journal d »une femme de chambre » Octave Mirbeau se veut dépeindre les petites histoires de Paris et la Province, il n’en oublie pas la grande Histoire. En cette fin de XIXème siècle, l’affaire Dreyfus sépare les français et la France connaît une montée de l’antisémitisme à l’image du personnage de Joseph qui fascine Célestine avec ses discours -soutenus par aucun argument valable- qui ne tiennent pas debout.

Le style

Le XIX ème siècle est le siècle que je préfère en littérature et je dois dire que l’écriture de Mirbeau m’a surprise par sa modernité. Les récits ne manquent pas de mordant. Mirbeau , sans mettre les formes, atteint ses cibles. Il observe et critique en toute franchise, sans retenue. En cela, ce roman a dû faire l’effet d’une bombe à sa sortie. Un ton provocateur et une histoire profondément amorale.

« Le journal d’une femme de chambre », Octave Mirbeau. Editions Folio.

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9 commentaires sur “« Le journal d’une femme de chambre » d’Octave Mirbeau: le film peut-il être aussi provocateur que le livre?

  1. Je suis moi aussi une inconditionnelle de la littérature française du XIXème siècle. Tu m’as donné envie de lire ce roman, j’aime quand la réalité d’une époque est vue à travers le regard des « petites gens »

    Je viens de finir Amours de Léonor de Recondo ( qui a reçu cette année le Prix RTL Lire)… J’ai adoré et je suis persuadée que ce sera ton cas également.

  2. Malgré les infidélités au texte du film de Buñuel, j’ai bcp aimé cette adaptation avec Jeanne Moreau. Léa Seydoux ? Je suis dubitative. ps : lecture commune tout de même 😉

  3. Oui, Léa Seydoux, je n’y crois pas du tout. Elle n’est pas du tout la Célestine que j’imagine de ce que j’ai vu dans la bande annonce. Oui, lecture commune! Je l’ai précisé dans l’article sans donner les détails. Ca fait longtemps que j’y pense à ce livre mais je n’ai jamais osé mettre en avant mon point de vue, espérant toujours que nous aurions l’occasion d’en parler avant entre nous; puis la sortie du film était trop tentante (ainsi que cette bande annonce qui m’horripile !)J’espère que vous ne m’en voudrez pas.

  4. A choisir entre le film et le livre, ce dernier m’attire beaucoup plus ! Tu m’as donné envie de lire le livre alors que j’ai vu la bande annonce et ça ne m’a pas du tout donné envie d’aller voir le film. Là, j’ai vraiment envie de découvrir cette Célestine ! Surtout que j’aime aussi beaucoup la période du XIXe en littérature.

  5. J’en suis ravie. La bande annonce me laisse le même sentiment. espérons pour le film (et le public) que c’est juste la B;A qui est mauvaise (j’en doute…)

  6. Comme toi j’aime beaucoup le XIXème en matière de littérature 🙂 Je n’ai jamais lu de roman de cet auteur, à essayer, j’ai entamé la lecture de « la garçonnière » suite à ton article et parce que j’avais adoré le confident!

  7. comme d’habitude quand je lis un livre sur lequel tu as écrit un article 🙂 Tu en sais plus sur la sortie du film « plonger »?

commentaires