Enivrez-vous avec « Le soleil se lève aussi » – Ernest Hemingway

J’avais envie de lire un classique et je me suis tournée vers Hemingway car il y a toujours dans ses romans un parfum de voyage. Si au premier abord, le parfum est agréable et envoûtant, il peut se révéler piquant et étouffant. Hemingway joue toujours sur les deux tableaux: la superficialité de la fête se mêle à la gravité de ses personnages blessés; aux bruits des castagnettes, le vide de l’existence humaine. L’écriture d’Hemingway est pleine de paradoxe et pour avoir lu quelques uns de ses livres, je savais à quoi m’attendre. Pas de réelle surprise.

Pourquoi « le soleil se lève aussi »?

Parce que Ernest Hemingway a obtenu le prix Nobel pour ce livre et qu’une femme est le personnage principal… de la quatrième de couverture! Ce qui est assez rare finalement chez Hemingway. D’autant plus que dans le passage qu’on nous propose, on comprend qu’elle n’est pas là comme ornement. Elle semble dotée d’une profondeur psychologique.

Elle éteignit sa cigarette.
– J’ai trente-quatre ans, tu sais. Je ne veux pas être une de ces garces qui débauchent les enfants.
– Non.
– Je ne veux pas devenir comme ça. Je me sens vraiment bien, tu sais, vraiment d’aplomb.
– Tant mieux.
Elle détourna les yeux. Je crus qu’elle cherchait une autre cigarette. Puis je vis qu’elle pleurait, qu’elle tremblait et qu’elle pleurait. Elle évitait de me
regarder. Je la pris dans mes bras.

Résumé perso après lecture

« Le soleil se lève aussi » est un voyage entre la France (Paris) et l’Espagne (Pampelune). Nous nous trouvons à l’époque de l’après première guerre mondiale qui n’est jamais évoquée mais sa présence n’en est que plus vive. Comment oublier les horreurs de la guerre, si ce n’est par la fête? Comment taire les coups de feu si ce n’est par le bruit de la musique et de la foule? Comment apaiser les douleurs physiques et mentales si ce n’est par l’alcool? Comment retrouver le sommeil? Pas d’autre choix que de nier la nuit et ses cauchemars par la fête, le sexe et l’alcool, encore et encore.

Jamais Ernest Hemingway ne se permettrait de juger ses personnages abîmés par l’Histoire que lui aussi a vécue avec douleur. On les observe se noyer avec tristesse et soudain, on ressent la chaleur de la nuit lourde à Pampelune, réchauffés par l’alcool. On vit les jours et les nuits qui défilent et se ressemblent. On se prend d’affection pour ces personnages bloqués dans un no man’s land qui voudraient retrouver la légèreté mais qui se détruisent à petit feu.

Le style

Attention, la traduction porte à sourire. Je n’ai plus d’exemple en tête mais franglais et français-espagnol sont de mise! On reconnait pourtant le style d’Hemingway. Des phrases courtes, hachées; un narrateur-personnage,Jack Barnes, qui ne permet pas une analyse psychologique, à nous de déduire de l’histoire (et du rien) les souffrances de nos personnages parfois pathétiques dans leur enlisement.

Autre élément représentatif de l’auteur: la corrida qui tient une grande place dans ce livre. Je vous laisse interpréter vous-même la symbolique à la lecture.

Finalement

Le propos de ce livre m’a touchée car, d’une certaine façon, je trouve des similitudes entre cette génération d’après-guerre dite « génération perdue » et la nôtre à laquelle on avait promis un avenir radieux (souvenez vous des années 80: les Bisounours, Candy…) et dont les espérances ont été détruites par un monde en crise et en guerre. L’histoire est assez cynique finalement: tableau d’une génération perdue dans la fête et l’alcool; besoin animal de vouloir survivre lorsqu’on n’arrive plus à trouver, si ce n’est le bonheur, du moins la légèreté dans le réel. Quelle est l’issue?

Mais ce livre est aussi une ode à Paris et Pampelune, aux couleurs de la corrida et à la fête.

Ceux qui ont aimé « Paris est une fête » aimeront aussi « le soleil se lève aussi », très proches dans le propos et dans l’approche. Ces deux romans sont représentatifs du style de l’auteur pour ceux qui souhaitent le découvrir.

Le soleil se lève aussi, Ernest Hemingway, Editions Folio

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Ernest Hemingway-Paris années 20- Adaptation cinématographique avec Ava GardnerErnest Hemingway-Paris années 20- Adaptation cinématographique avec Ava GardnerErnest Hemingway-Paris années 20- Adaptation cinématographique avec Ava Gardner

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5 commentaires sur “Enivrez-vous avec « Le soleil se lève aussi » – Ernest Hemingway

  1. Tu me donnes une idée de livre à lire, même s’il y en a deux autres que j’aimerai lire après avoir fini mon Murakami 😉 J’avais adoré Pour qui sonne le glas, beaucoup plus que Le vieil homme et la mer qui m’avait moins ému ! Je me fie à tes critiques après avoir adoré L’amour au temps du choléra!

  2. Je n’ai encore jamais lu ce roman, mais tu me donnes très envie avec cet article ! Je vais essayer de le trouver (quand j’aurai fini celui que j’ai déjà en cours ainsi que 5 autres qui m’attendent toujours… 🙂 )

    Des bisous !
    Charlotte

  3. @Onee-Chan: et tu sais qui d’autre a copié Paris est une fête? Woody Allen avec "Midnight in Paris". Disons qu’il s’en est inspiré très largement. TPeut-être aussi parce que, Hemingway étant une référence pour les américains, c’est l’imaginaire qu’ils ont de Paris et le personnage du film est confronté à ce Paris perdu. J’ai apprécié "Paris est une fête" également parce que le livre nous donne une bonne vision du Paris artistique de l’époque mais sans que ce soit un coup de coeur. Je pense que chez Hemingway, tout est question d’ambiance

  4. Rholala j’adore l’ambiance qui ressort autour de cet auteur mais je n’aime pas ses livres autant que je le voudrais (je n’en ai lu que deux en meme temps, et ce qui est sûr c’est que grâce à cet article ça fera bientôt 3).
    J’ai lu et a-do-ré le roman de Paula McLain intitulé "Madame Hemingway" : un livre juste sublime autant dans ses propos que dans le style. Une ambiance électrisante et une chronologie de la vie de cette femme qui nous aide réellement à mieux appréhender l’auteur. Surtout, dans ce roman (ça reste un roman malgré tout mais on retrouve la corida, la perte de ses écrits, les tentations, les excès, les humeurs, etc…) on ressens le style d’hemingway et c’est délicieux.
    Si bien que par la suite, lorsque j’ai lu "Paris est une fête", j’ai eu l’impression que c’était une pâle copie de paula mclain (oui je sais c’est ridicule dans ce sens-là mais pourtant c’est comme ça).
    Donc si tu envisages de lire ces deux livres, fais-le dans le sens inverse de moi – même si en même temps, j’ai mieux compris "paris est une fête" grâce au fait que le livre de mclain soit si complet et explicite.
    Bref, j’avais besoin d’un nouveau titre pour me forger une opinion et tu me l’as donné^^

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