« Le Temps Retrouvé », Proust- L’Expérience du Temps

Voilà, nous y sommes. J’ai fini la lecture du dernier tome de La Recherche du temps perdu, « Le Temps Retrouvé », de Marcel Proust. Un très beau livre qui nous laisse orphelin. Que lire maintenant qui sera allier avec autant de virtuosité, beauté du style et vérité des sentiments?

L’Histoire

Dans « Albertine Disparue » ou « La Fugitive » , nous laissions notre narrateur sur le coup d’une bien étonnante nouvelle: Saint Loup allait épouser Gilberte. Nous reprenons l’histoire lors de la première guerre mondiale, ravageuse. Le narrateur a vieilli et le monde qui l’entoure aussi. Nous observons avec lui les effets du temps.

La Vieillesse

Tous les personnages de La Recherche ont vieilli ou ont disparu.

« Mais si elle n’est pas morte, comment se fait-il qu’on ne la voit plus jamais? »(…) Il semblait qu’il y eût avant le cimetière toute une cité close des vieillards, aux lampes toujours allumées dans la brume. »

Il serait idiot et vain d’exposer ce qui est arrivé à chacun d’entre eux mais je peux dire que le regard du narrateur n’est pas tendre avec son entourage. Il continue d’observer son monde de façon caustique et nous offre d’ailleurs des passages savoureux.

« Comme il y a longtemps que nous nous sommes vus! Nous parlerons de tout cela une autre fois. » Elle me serrait la main avec force, ne se rappelant pas au juste si en voiture, un soir qu’elle me ramenait de chez la duchesse de Guermantes, il y avait eu une passade entre nous. A tout hasard, elle sembla faire allusion à ce qui n’avait pas été, chose qui ne lui était pas difficile puisqu’elle prenait un air de tendresse pour une tarte aux fraises (…) »

L’Amour

L’amour n’est plus la préoccupation du narrateur dans ce tome. Il porte un regard analytique sur ses amours passés:

 » (..) Si nous songeons combien est forte dans la vie des hommes la proportion des souffrances par des femmes « qui n’étaient pas leur genre« . Peut-être cela tient-il à bien des causes; d’abord parce qu’elles ne sont pas « votre genre » on se laisse d’abord aimer sans aimer, par là on laisse prendre sur sa vie une habitude qui n’aurait pas eu lieu avec une femme qui eût été de « notre genre » et qui, se sentant désirée, se fût disputée, ne nous aurait accordé que de rares rendez-vous (…) ce qui est dangereux et procréateur de souffrances dans l’amour, ce n’est pas la femme elle-même, c’est sa présence de tous les jours, la curiosité de ce qu’elle fait à tous moments; ce n’est pas la femme, c’est l’habitude. »

Le Projet Littéraire

Au beau milieu de ses réflexions sur le temps passé, le narrateur entre dans une bibliothèque et c’est là, au milieu des livres, que va naître son projet littéraire. Ecrire, c’est retrouver le temps oublié, le temps perdu. Les bribes de souvenirs retrouvés au gré des sensations ne sont pas suffisants et ne trouvent pas d’unité. Ecrire va permettre au narrateur de retrouver un semblant d’unité. Il décide de bâtir « sa Cathédrale »:

« Et dans ces grands livres-là, il y a des parties qui n’ont eu le temps que d’être esquissées, et qui ne seront sans doute jamais finies, à cause de l’ampleur même du plan d’architecture. Combien de grandes cathédrales restent inachevées! »

Pour bâtir sa cathédrale, Marcel Proust s’enfermera dans une chambre tapissée de liège. Ecrire jusqu’à mourir.

Ils pensent à ses lecteurs dans la mise en place de son projet, des lecteurs actifs:

« Ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs mais les propres lecteurs d’eux-mêmes, mon livre n’étant qu’une sorte de ces verres grossissants comme ceux que tendait à un acheteur l’opticien de Cambray; mon livre grâce auquel je leur fournirais le moyen de lire en eux-mêmes. De sorte que je ne leur demanderais pas de me louer ou de me dénigrer, mais seulement de me dire si c’est bien cela; si les mots qu’ils lisent en eux-mêmes sont bien ceux que j’ai écrits. »

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Finalement

Voici bientôt deux semaines que je n’ai pas ouvert un livre, ayant l’impression que Proust a dit tout ce qu’il y avait à dire sur l’Homme, sur l’amour, sur la vie et, encore une fois, avec son style unique. Je ne dirais pas que, quand on a lu La Recherche, nous ne voyons plus la vie de la même façon, comme certains lecteurs l’affirment; je dirais plutôt que Proust sait mettre les mots -dans son cas, les phrases- sur des sensations, des émotions, des sentiments, des souffrances dont nous avons tous fait l’expérience pour un peu qu’on ait vécu. Pourtant tout ne m’a pas plu chez Proust. Je trouve, par exemple, qu’il s’attarde trop sur les salons. De même, son obsession de l’homosexualité chez les descendants de la branche Guermantes devient absurde à la fin de La Fugitive.

Marcel Proust n’osait pas se mettre à hauteur de ces écrivains qui bâtissent des cathédrales et pourtant, la sienne s’élève fièrement au centre du paysage littéraire et artistique.

 

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Le Temps Retrouvé, Editions Nrf La Pleïade ou Folio classique.

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