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« L’école des Femmes »- André Gide, le « The Affair » de la littérature

Je suis tombée sur « L’école des Femmes » de Gide en fouinant sur les étales du bouquiniste de mon marché. Le titre a attiré mon attention parce que ce n’est pas le livre le plus connu de Gide et le résumé, au dos du livre, a fini de me convaincre.

L’Histoire

André Gide reçoit le journal d’une mère que sa fille a reçu en héritage. Elle y raconte son amour fou pour le père de ses enfants et les désillusions qui ont suivi ainsi que ses rôles d’épouse, de mère et de femme qu’elle s’efforce de faire cohabiter au mieux.

Après la publication de ce journal suivent deux autres parties: la réponse du père, Robert et le témoignage de la fille, Geneviève. Chacun nous raconte alors, sa vision personnelle d’une même histoire (ce qui me rappelle la seule série que je suis cette année, The Affair.)

L’Amour

Il est question d’amour bien sûr. Gide nous décrit le phénomène de « cristallisation amoureuse », théorisé par Stendhal. Notre personnage, Eveline, tombe follement amoureuse de Robert. Dès la première rencontre, elle tombe sous son charme et ne va cesser, au fil des rendez-vous, de le parer des plus belles qualités (fausses, bien entendu). Cette illusion ne dure pas, il va sans dire que plus la chute est dure, plus le désamour est violent et sans appel. Eveline écrit, portée par ses émotions spontanées et vraies. Robert, quant à lui, pense avant d’exprimer des sentiments qu’il ne ressent pas forcément mais qu’il a « le devoir » de ressentir.

L’Eglise, le devoir, le bien et le mal

Le père d’Eveline n’est pas croyant. Lorsqu’elle rencontre Robert, Eveline ne sait donc pas réellement ce qu’implique la place prépondérante de l’Eglise dans un foyer au début du XXème siècle. Elle le découvrira bien assez tôt et tentera, cahin-caha, de s’en affranchir.

Dans ce livre, les hommes sincères et bons ne croient pas, les autres ont besoin que l’Eglise leur impose des codes pour donner l’illusion qu’ils sont bons alors qu’en réalité, ils sont incapables de ressentir les émotions.

On connaît le désamour de Gide pour l’Eglise. Ici, elle est une cible de choix. On y revient toujours.

La Femme

Deux figures féminines: Eveline, d’abord naïve, soumise ensuite révoltée. Elle tente de sortir du carcan dans lequel Robert l’a enfermée. Infantilisée par son mari, par le curé, elle étouffe et souhaite retrouver sa liberté. Ensuite, Geneviève, sa fille, qui tente de se libérer des conventions qui enferment la femme dans son rôle de mère et d’épouse. Son orientation homosexuelle est aussi suggérée. Geneviève est la femme insoumise, la féministe en puissance.

Trois versions d’une même histoire

Gide raconte la vie d’Eveline de trois points de vue différents. J’aime beaucoup l’analyse psychologique que permet ce procédé. Dans « Le Bonheur conjugal » de Tahar Ben Jelloun, il était question du point de vue de l’époux et de celui de l’épouse sur leur vie commune. Ici, nous avons en plus celui de la fille. Finalement, nous ne connaissons jamais complètement l’autre. Nous le voyons comme nous avons décidé de le voir. En cela, nous nous trompons presque toujours. De plus, l’autre donne à voir différentes facettes de sa personnalité complexe selon la personne avec laquelle il se trouve. Plus simplement et avec peu de finesse, cet exemple grossier: certaines personnes seront sensibles à la douceur et ne verront que cela chez l’autre alors que d’autres s’attacheront davantage à la part de violence dissimulée en cette même personne.

Mon Avis

Des moments agaçants parfois parce que les personnages sont fortement marqués (la naïve, l’insensible et la révolté) , mais globalement, ce livre est une mine d’informations pour les femmes de l’époque. Il appelle doucement à plus de liberté (de la femme d’abord et de la société dans sa globalité enfin).

L’école des Femmes, André Gide, Editions Folio classique.

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2 commentaires sur “« L’école des Femmes »- André Gide, le « The Affair » de la littérature

  1. Cet article est super, tu écris super bien et ça me donne beaucoup envie de lire ce livre. Je suis tombée par hasard sur ton blog, en me perdant sur instagram. Je suis bien contente d’avoir cliqué sur le lien.
    Bisous, Louise

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