« Les Nuits de Shanghai » de Juan Marsé, conte chinois à Barcelone

Il va m’être difficile de vous parler de « Les Nuits de Shanghai »de Juan Marsé sans vous révéler la chute du livre qui est tellement intéressante à commenter, mais je relève le défi. L’article sera un peu moins intéressant mais vous laissera le goût de la découverte si jamais il vous prend l’envie d’ouvrir un jour « Les Nuits de Shanghai » de Juan Marsé.

J’ai découvert les romans de Juan Marsé grâce à mes collègues qui m’avaient offert, lors d’un événement malheureux, plusieurs livres, tous d’auteurs espagnols. De tous, « Teresa l’après-midi » de Marsé, est celui que j’ai préféré. J’aime son écriture, ses personnages imparfaits et ses histoires d’amour biscornues.

Mais revenons aux « Nuits de Shanghai ».

L’histoire

Daniel, le narrateur est un jeune garçon qui a pour mission de dessiner la pauvre petite phtisique Susana afin de dénoncer les fumées d’usines qui viennent recouvrir la ville. Daniel observe alors Susana et sa maman qui attendent patiemment le retour de Joachim (ou Kim) qui a dû fuir pendant la guerre civile. Ce n’est pas Kim qui vient frapper à la porte mais un certain Forcat.

Shanghai à Barcelone

Forcat, toujours vêtu d’un kimono, les cheveux plaqués en arrière,calme et droit, se présente comme l’ami de Kim, le papa et l’époux. Au compte-gouttes (ou ici au conte-goutte!), il va raconter comment Joachim s’est retrouvé à Shanghai et les aventures qui l’attendent là-bas.

Shanghai fantasmé

Tel un conteur, Forcat nous peint le tableau d’un Shanghai stéréotypé: La belle chinoise irrésistible, complètement femme fatale, Chen Jing Fang, les clubs où se côtoient alcool, opium, femmes, tromperies et intrigues sous fond de vengeance.

Forcat nous présente un tableau très exotique de la ville chinoise et se révèle le conteur de l’histoire. Pourquoi ne pas apporter un peu de fantaisie à cette petite fille malade qui attend le retour de son père?

Ainsi, les récits de Shanghai semblent devenir un rituel et la Chine s’invite en Espagne lorsque Forcat entre dans la chambre de la petite couvert de son kimono noir et portant les chaussures en bois. De même, Susana profite de ces moments pour mettre son chipao en soie qui devient un objet symbolique.

Pour Susana, si son père est absent, c’est forcément qu’il est un héros et Forcat, grâce à ses récits romanesques, va nourrir l’imaginaire de la petite fille.

La guerre civile espagnole et ses conséquences

Joachim est parti en France et n’est rentré qu’une fois depuis qu’il a fui; c’est également le seul souvenir que Susana garde de son père. Sa mère, amoureuse éperdue, reste seule en Espagne pour s’occuper de sa pauvre fille malade espérant toujours un retour qui devient de plus en plus improbable.

Avant l’arrivée de Forcat et de Daniel, les frères Chacon (enfants des rues vivant de vols et de mauvais coups) étaient la seule présence masculine observée par la fenêtre de cette maisonnée de femmes, étouffée par un virus menaçant.

En effet, derrière de beaux contes chinois plein de couleurs et de mystère, Juan Marsé ne cache rien de la misère espagnole.

L’adolescence

Le premier narrateur de cette histoire est Daniel. Le capitaine Blay, personnage excentrique du quartier lui confie la mission de dessiner Susana dans son lit et devant les cheminées d’usine. Cette expérience initiatique va changer sa vie. Il prend son temps pour dessiner l’insaisissable Susana au caractère bien trempé et peu à peu, comme il la dessine, il la découvre et naissent les troubles d’un premier amour, de ceux qui vous hantent toute une vie.

Lorsque Daniel présente son dessin à Susana, elle ne le trouve pas du tout ressemblant et se moque de lui mais Daniel l’a peint avec les yeux de l’amour. Peut-être fantasme-t-il Susana comme celle-ci fantasme Shanghai.

Le style

Là encore, je me retiens de ne pas vous en dire plus. Juan Marsé a la particularité d’écrire le monde en noir et blanc. Un peu de poésie et un peu de puanteur. Les personnages ne sont jamais complètement parfaits. A vous de le découvrir.

Les deux récits de Daniel et de Forcat s’enchâssent avec maîtrise; les deux villes se complètent, la belle et mystérieuse ville de Shanghai venant apporter un souffle d’air frais (dont Susana manque) à une Barcelone post guerre civile malade et miséreuse.

Juan Marsé s’amuse au jeu des poupées russes mais il faudra attendre la fin pour comprendre la portée de ces récits enchâssés.

Je vous invite à lire « Les nuits de Shanghai » . Ce roman est particulièrement adapté à ceux qui voient la vie en noir et blanc!

« Les nuits de Shanghaï », Juan Marsé, Editions 10.18 ou Christian Bourgeois Editeurs.

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4 commentaires sur “« Les Nuits de Shanghai » de Juan Marsé, conte chinois à Barcelone

  1. Pile ce qui me faudrait alors :)! Mais pour l’instant ma lecture du soir c’est mes cours, révisions oblige :/ Je retiens le nom quand même 🙂

commentaires