« Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais « En fait d’amour, vois-tu, trop n’est pas même assez »

Quel plaisir d’étudier à nouveau cette oeuvre. Lorsque j’étais en première littéraire, j’ai eu la chance d’avoir une professeure, Madame A. qui nous transmettait le bonheur qu’elle avait eu à la lecture. Exercice périlleux. Vrai ou pas, elle commençait le cours en disant qu’elle avait lu toute la nuit et qu’elle avait aimé avec passion. Quelle meilleure façon de transmettre le goût de lire? J’essaie de garder un peu de cela dans ma pratique.

« Le Mariage de Figaro », donc. Quinze ans après, qui l’aurait cru! On verra si les cours universitaires ont autant de saveurs que ceux du lycée. Honnêtement, je ne pense pas. Celui qui transmet est aussi important que le savoir transmis, or, personne ne pourra égaler Madame A.

L’Histoire

Des années ont passé depuis « Le Barbier de Séville » (les dix ans entre les deux sorties?), le Comte Almaviva a épousé Rosine mais il l’a délaisse.

Après avoir aboli le droit de cuissage en l’honneur de la Comtesse, ce dernier souhaite sournoisement le réhabiliter à l’occasion du mariage de son fidèle valet, Figaro avec Suzanne, la soubrette de la Comtesse.

Mais Suzanne, Figaro et la Comtesse ne l’entendent pas de cette oreille.

Les femmes

Dans cette pièce, les femmes sont trompées, abusées mais elles ne se laissent pas faire. Rusées, malines, elles vont tout faire pour se libérer du joug d’un pouvoir abusif.

Marceline, abusée par le vieux médecin son maître qui la met enceinte sans lui assurer un mariage d’honneur, contrainte d’abandonner son enfant, est une femme d’expérience. On lui doit quelques belles et justes maximes:

«  La femme la plus aventurée sent en elle une voix qui lui dit:  » Sois belle si tu peux, sage si tu le veux, mais sois considérée, il le faut. » « 

Suzanne est aussi fine que son futur époux, Figaro. Elle n’accepte pas de se laisser dicter sa conduite ni par un puissant comme le Comte ni par Figaro. La menace pèse sur elle, elle se sortira elle-même des mailles du filet. Un beau portrait de femme.

La Comtesse a cru en l’amour sincère et total du Comte Almaviva et elle se retrouve, plusieurs années après, prisonnière de cet homme qu’elle pensait libérateur. Prisonnière d’abord parce qu’elle a confié au Comte ce qu’elle avait de plus cher, son amour, et que celui-ci sali ce précieux amour si durement gagné (voir « Le Barbier de Séville ») en la délaissant pour d’autres; prisonnière ensuite parce que le Comte est devenu aussi jaloux que le vieux médecin. Enfermée dans sa chambre tout le jour, la Comtesse n’a plus que ses yeux pour pleurer et ses souvenirs pour vivre. On la retrouve triste, désabusée mais une flamme brule encore en elle que le Comte, trop aveugle, ne voit plus. Le jeune page, Chérubin, la voit lui.

La politique

Cette pièce a fait de Figaro le symbole du peuple prêt à se révolter contre toute forme d’oppression comme annoncé dans le premier acte du  » Barbier de Séville ». Le monologue de Figaro de l’acte V en est l’exemple le plus frappant.

Au bord du suicide peut-être, ce héros de comédie s’insurge contre toute forme d’injustice.

« Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!…Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier! Qu’avez-vous fait pour tant de biens? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. (…) tandis que moi, morbleu! »

La spécificité de la pièce

Cette pièce se caractérise par le mélange de tons. Alors que « Le Barbier de Séville » respectait les codes de la comédie, « le Mariage de Figaro » annonce le drame que sera « La mère coupable ». Elle se situe donc parfaitement entre les deux. Toujours du rythme, de l’intrigue, des déguisements, des masques, des cachettes, mais également de la gravité lors de ce monologue ou dans les destinées presque tragiques de Marceline et la Comtesse.

Mon avis

Cette pièce fut censurée plusieurs fois avant d’être représentée. On comprend que les personnages, forts de caractère, brillants d’intelligence, devaient déranger. « Le Mariage de Figaro » et Figaro lui-même, c’est aussi le combat d’un homme, Beaumarchais. Cela donne plus de profondeur à la pièce. Personnellement, je ne me lasse pas de la relire.

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