« Montedidio » d’Erri De Luca- Naples en poésie

Une fois encore, mes lectures se combinent avec mes voyages (Barcelona!), mais il faudra attendre encore un peu avant que je ne reprenne le chemin de Naples. J’ai choisi « Montedidio », d’Erri De Luca, parce que je venais de finir le troisième volume de « L’amie Prodigieuse » (1, 2, 3) et que je cherchais à en savoir encore un peu plus sur Naples, ville qui m’a toujours fascinée.

L’Histoire

Dans le quartier populaire de Montedidio, à Naples, notre narrateur, encore pré-adolescent, affronte la violence banalisée, normalisée et la maladie de sa mère alors que son corps subit de profonds bouleversements. Il trouvera refuge et réconfort dans son amour pour Maria et son amitié pour Don Rafaniello.

Naples

Si Naples a l’air d’être la toile de fond du roman, elle est bien plus importante qu’il n’y parait en réalité. Les viols et le sang semblent tellement ancrés dans la ville que le narrateur nous présente l’inacceptable avec simplicité, de façon crue, directe. Dans les ruelles étroites du quartier populaire de Montedidio, cris et jeux d’enfants, effluves de pizza et figures familières se mêlent à la violence. C’est dans cet environnement, empreint de labeur et d’agitation, de vie et de mort, que des enfants doivent dire Adieu, peut-être plus vite que les autres, à l’enfance.

Les Personnages

Le narrateur est différent. Il a la force de celui qui est gardien des mots. Il échappe aux attaques les plus graves de Don Liborio. Il est le lien entre les enfants (Maria) et les adultes (Don Rafaniello, l’ébéniste). Il observe le monde avec la naïveté de l’enfant et la force de pensée de l’adulte, Maria ne s’y est pas trompée; elle s’amuse des mots de son compagnon de malheur, qui n’ont l’air de rien et qui disent tout pourtant. Don Rafaniello est le personnage magique qui nourrit l’imaginaire du petit garçon et cache des ailes d’ange dans sa bosse. Tout est éminemment poétique dans ce livre, les personnages aussi.

Le Boumeran ou L’Adolescence

Le boumerang tenu par le narrateur représente son apprentissage. Tout au long du livre, il s’entraîne à le lancer sans jamais lâcher ce morceau de bois lourd. Un jour peut-être, il aura assez de force. A mesure que sa voix mue, son geste prend de l’assurance. Petit bout de bois, simple bout de bois, qui a pourtant un pouvoir immense. Il agit comme force canalisante. Un jour, toute cette énergie, le narrateur la lâchera…dans l’écriture?

Le Style

Le livre est court ainsi que les chapitres qui n’excèdent pas deux pages mais Erri de Luca à cette capacité de déposer en chaque mot, le sens juste. Celui qui frappe. La tournure des phrases n’est pas complexe mais tout dans ce roman est poétique. Les images fusent et nous font penser, réfléchir, divaguer. L’écriture d’Erri de Luca se rapproche de celle de Antoine de Saint-Exupéry d’après moi, une écriture faite d’étoiles scintillantes et de lumière éclairante.

 

Montedidio, Erri de Luca, Editions Folio Poche.

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