« Petit Pays » de Gaël Faye, Grandir pendant la guerre

J’ai reçu « Petit Pays » de Gaël Faye par la Fnac et j’avoue l’avoir mis de côté, sachant à quoi m’attendre. C’est avant les vacances de Noël que je me suis décidée à le lire.

L’Histoire

Le narrateur, 33 ans aujourd’hui, revient sur son enfance en Afrique et plus particulièrement, sur la guerre civile burundaise qui oppose Tutsis et Hutus.

Le regard de l’enfant

Mais ce n’est pas que cela. C’est aussi la petite histoire de ce petit garçon métis qui assiste à l’irrémédiable séparation de ses parents et à l’éloignement progressif de sa mère suite à une dernière dispute fatale. Les événements se déroulent sous ses yeux sans qu’il n’y puisse rien. Il s’adapte comme il s’adaptera au reste.

Lors des attentas du 13 novembre 2015, j’étais surprise de voir à quelle vitesse les pleurs et les échanges graves entre mes élèves avaient laissé place aux rires et aux jeux dans la cour de récréation alors que nous, adultes, étions encore abasourdis par ce week-end d’horreur qui allait changer à jamais nos vies. Quand on est enfant, on reçoit les événements les uns après les autres sans s’imaginer ce que sera demain. C’est exactement ce qui se passe dans le roman. La vie passe avant tout, avant les balles, avant les menaces, avant la mort. L’horreur est comme une toile de fond à une enfance candide et ordinaire. Jusqu’à ce que les barrières privées de ce microcosme d’enfant explosent.

Vie d’expatrié

Gabriel nous décrit tous les luxes qui l’entourent: les domestiques, la belle et grande maison, les amis qui jouissent des mêmes privilèges, à la condition de rester dans cette enclave qu’est ce quartier protégé à Bujumbura et de ne pas en sortir, principal désaccord entre la mère, qui souhaiterait s’installer en France, et le père qui préfère la vie de riche expat’ en Afrique à une vie ordinaire et moyenne en banlieue parisienne. Mais ce beau rêve peut-il perdurer lorsque le bruit de la guerre se rapproche inexorablement de ces illusoires barrières dressées par quelques hommes?

Sons et lumières: Un vent de poésie

C’est par les sons et les sensations que le narrateur retrouve ses souvenirs et tisse son histoire. Ainsi, les bruits de balles quotidiens dans la nuit qui prennent la forme d’une triste berceuse pour enfant, le silence, plus effrayant encore, le goût des mangues volées, les premiers mouvements du coeur lorsqu’il reçoit les lettres d’une correspondante d’un autre pays, d’un autre monde.

La guerre insidieuse 

La guerre se veut menaçante, elle ne concerne pas tout de suite Gabriel. Puis, comme la mort rode, elle se rapproche de l’enfant, de son enfance. Géographiquement d’abord, les barrières protectrices du quartier sautent. Intimement ensuite, lorsque la famille de Gabriel est gravement touchée par les événements. Dans l’histoire enfin, la guerre prend de plus en plus de place, étouffant le récit d’enfance jusqu’à sa complète disparition.

Mon avis

Malgré la dureté des événements racontés, « Petit Pays » reste un roman d’enfance léger et poétique. L’un n’empêche pas l’autre. J’ai aimé cette histoire universelle racontée par un écrivain de mon âge qui a vécu les mêmes années que moi mais pas au même endroit. Ce qui ajoute un intérêt personnel à la lecture.

« Petit Pays », Gaël Faye, Editions Grasset.

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