« Purity », Jonathan Franzen- Secrets et Mensonges

J’ai découvert Jonathan Franzen et son dernier roman « Purity » à cause de (grâce à?) son intervention dans les médias américains au sujet des violences policières et de la question raciale qui en découlait. Jonathan Franzen est un auteur qui peint la société américaine actuelle et lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’évoquait pas ce sujet dans ses livres, il a répondu, de façon assez honnête je trouve, qu’il puisait son inspiration dans son entourage et qu’il s’était rendu compte qu’il n’avait pas beaucoup d’amis noirs. Cette déclaration n’est pas tombée dans l’oreille de sourds, vous l’imaginez: moqueries, tweets, re-tweets; elle a fini par remonter jusqu’à moi.

En tout cas, au delà du fait qu’on ne peut plus rien dire sans se faire attaquer par tel ou telle (ce que révèle cette anecdote), l’information principale, et la seule utile que j’ai retenue de tout cela, est que cet auteur parlait de la société américaine dans ses livres. Ce qui m’a amené à découvrir sa bibliographie, assez dense.

L’Histoire

Purity Tyler, dit Pip, est une jeune fille de 24 ans plutôt jolie. La vie de Purity n’est pas simple. Elle semble ne faire confiance à personne, même pas à sa mère qui lui ment sur son père qu’elle n’a jamais connu. Ses relations amoureuses sont plus foireuses les unes que les autres. Elle gâche son talent, dépendante qu’elle est de son poste de téléprospectrice qui ne demande aucune qualification. Purity quitte tout et part à la recherche de son père pour une raison simple: il doit rembourser son prêt étudiant.

Le Titre: Purity

Le titre est bien sûr ironique. Rien n’est pur dans la société américaine que nous peint Franzen, aucun de ses personnages, même pas la personnage principal qui porte ce nom!

Le Nom: Purity

C’est sa mère célibataire qui a donné ce nom à Pip. Lorsque, à la moitié du livre, on en apprend plus sur sa mère, on comprend mieux pourquoi Pip porte ce nom lourd de sens qu’elle déteste.

La mère de Pip a un idéal de pureté. C’est comme cela qu’elle imaginait son couple avec le père de Pip mais c’est aussi comme cela qu’elle façonne son monde à elle. Hors de la réalité qui est loin d’être pure. Ce personnage représente un peu l’Amérique, très morale en apparence , qui cache pourtant les pires vilénies.

L’Homme (l’américain) échoue misérablement dans son idéal de pureté.

La Construction du Roman

Toute l’histoire part de Pip mais d’autres histoires s’y mêlent petit à petit, au fil des rencontres. Les chapitres sont un mélange de moment présent (la recherche de Pip) et moments passés (le passé trouble des personnages qu’elle rencontre). C’est un peu déroutant au début mais grisant à la fin.

Les Apparences

Chacun cherche à racheter ses fautes.

Ainsi, Andreas qui semble mener une action noble, à tel point qu’on le hisse au rang de héros, a beaucoup de choses à se reprocher.

Le héros américain ne serait-il qu’une façade?

Personne n’est parfait dans ce livre.

Le Secret

Le pas est court entre le secret et le mensonge. On ment, par omission ou ouvertement, pour protéger ses secrets. Chaque personnage du roman a un secret et abuse des mensonges qui vont avec. Encore un livre qui montre l’opacité de l’âme humaine. On ne connaît de l’autre que ce qu’il veut bien nous montrer.

Les Relations

Elevée par une mère misanthrope, Purity est une handicapée des relations amicales et amoureuses. Elle est parfois tellement méfiante qu’elle semble paranoïaque mais, en même temps, c’est, jusqu’au bout, ce qui la protégera du pire.

Chaque relation évoquée semble mise à mal par les priorités personnelles des uns et des autres. L’Homme est-il trop égocentrique pour aimer?

Passé vs Présent

Les multiples aller-retour entre présent et passé ne sont pas anodins. C’est le présent qui interroge le passé. Les idéaux des années 90′ amèrement mis à mal par la situation actuelle. Jonathan Frozen s’interroge également sur la place et les enjeux des nouveaux médias par rapport à la vieille école du journalisme d’investigation. Faut-il tout savoir trop vite sans se poser la question de la réception de telle ou telle vérité? La course à la vérité est-elle toujours juste et justifiée? Autant de questions que soulèvent l’auteur sans jamais donner de réponse claire.

Finalement, peut-être est-ce que la réponse se trouve dans le titre ironique « Purity ».

J’ai vraiment été prise dans les diverses intrigues, j’ai apprécié la complexité des héros imparfaits et la lecture du « Purity » m’a donné envie de lire d’autres livres du même auteur… on en reparlera ici!

« Purity« , Jonathan Franzen- Editions de l’Olivier.

 

 

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