Raymond Queneau – « L’écolier »

On parle souvent des difficultés que rencontrent les professeurs de collège et elles existent, c’est certain mais lorsqu’on me demande pourquoi je continue ce métier, je réponds que je n’aimerais en faire aucun autre car rares sont les métiers qui nous apportent autant de joie et de satisfaction.

Lorsqu’un élève surmonte ses difficultés, lorsqu’un autre achète son tout premier livre alors qu’il détestait la lecture; lorsqu’un élève, d’abord revêche, lève un jour la main pour participer, lorsqu’un autre vous rend sa rédaction,fier comme un paon, alors on oublie les difficultés. On oublie les problèmes avec « la machine » qu’est l’ Education Nationale, les politiques et les parents qui dénigrent notre profession, les moments douloureux… On s’accroche à ces petits bonheurs.

Cette année, j’ai eu la chance d’avoir une classe de 6ème exceptionnelle, comme tous les professeurs en rêvent: des élèves avides d’apprendre et travailleurs, heureux de venir en cours et tristes que celui-ci se termine, se réjouissant de chaque activité (et parfois même des devoirs à la maison donnés la veille pour le lendemain:si si!).

Malheureusement, je quitte ce collège pour en retrouver un autre et c’est avec peine que je leur ai dit au revoir vendredi dernier…

J’ai eu droit à un magnifique bouquet de fleurs, des chocolats, des affiches, une très belle carte et, comme ils veulent vraiment faire plaisir à leur professeur de français: des bijoux (et oui! ils m’ont cernée!) boucles d’oreilles, bracelet, collier. La totale.

Tout cela a été organisé et géré par eux seuls.

Ce sont les affiches décorées avec les photographies de toutes les filles de la classe accompagnées de petits mots qui m’ont le plus touchée.

Raymond Queneau - "L'écolier"

En recevant ces cadeaux de mes élèves qui ont toujours fait en sorte de ne jamais me décevoir, un poème de Raymond Queneau m’est venu à l’esprit et je souhaite vous le faire partager:

J’écrirai le jeudi j’écrirai le dimanche
quand je n’irai pas à l’école
j’écrirai des nouvelles j’écrirai des romans
et même des paraboles
je parlerai de mon village je parlerai de mes parents
de mes aïeux de mes aïeules
je décrirai les prés je décrirai les champs
les broutilles et les bestioles
puis je voyagerai j’irai jusqu’en Iran
au Tibet ou bien au Népal
et ce qui est beaucoup plus intéressant
du côté de Sirius ou d’Algol
où tout me paraîtra tellement étonnant
que revenu dans mon école
je mettrai l’orthographe mélancoliquement

Raymond Queneau, L’écolier.
(Dédicace spéciale au groupe d’atelier écriture!).

Les vacances arrivent mais on ne s’arrête jamais d’apprendre. Dans une salle de classe ou ailleurs. La vraie richesse est la curiosité: un trésor précieux à conserver toute sa vie. Point de mélancolie à la rentrée, juste un prolongement. Bonne route!

Raymond Queneau - "L'écolier"

Note sur Raymond Queneau:

Né en 1903 Au Havre (comme moi!), Raymond Queneau rejoint Paris pour faire des études de philosophie à la Sorbonne. Il adhère au groupe surréaliste en 1924 mais s’en fait exclure par André Breton (ah celui-là!) en 1930. Il participera au pamphlet satirique contre ce dernier intitulé le cadavre. Il se relèvera vite de toute façon puisque ce fana de mathématiques touche à tout (romancier, dramaturge, poète) trouve le moyen de les faire entrer en littérature. En effet, en 1960, il sera le co-fondateur de l’oulipo ( l’ouvroir de littérature potentielle). C’est à cette époque qu’il connaîtra ses plus grands succès. Qui n’a pas eu dans les mains une adaptation de son célèbre cent mille milliards de poèmes ?

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5 commentaires sur “Raymond Queneau – « L’écolier »

  1. Tu as été vraiment gâtée, c’est raffiné, bien préparé et bien choisi, on voit que ces élèves t’adoraient. J’imagine ton émotion en partant.

    Certains élèves m’ont vraiment marquée, et les plus attachants sont ceux que j’ai rencontrés dans un des établissements les plus difficiles où j’ai travaillé. Quand je suis partie ils m’ont dit "Vous nous abandonnez", ça m’a tellement attristée… Mais les 4 heures de trajet quotidien ont eu raison de moi.

    Quand je te lis je suis ravie de reprendre en septembre, j’ai hâte de retrouver mes élèves.

  2. Oui, je comprends ce que tu veux dire quand tu parles de leur impression d’abandon. Lorsque je travaillais dans une collège très difficile et que j’ai dû partir de façon complètement inattendue et précipitée, j’ai eu cette impression de les abandonner pour le coup. Vraiment. Ils m’avaient envoyé des cartes et des affiches me demandant de revenir… pour d’autres raisons que les tiennes, je ne pouvais pas y retourner et ça a été difficile pour moi à accepter.
    Cette année, c’était différent, j’étais dans un collège "sans problèmes" mais cette classe était vraiment exceptionnelle, des élèves toujours heureux d’apprendre et un bonheur communicatif: c’est la magie des enfants!

  3. Les profs ont les aime ou pas mais ce qui est sur c’est qu’on passe au moins une fois avec chaque de bon moment et on s’en souviens c’est sur 🙂

  4. Merci! Bien sûr, tu as raison, l’enseignement est un échange aujourd’hui, il est fini le temps où l’enseignant écrivait la leçon et l’élève copiait et apprenait. La difficulté d’enseigner au collège est en grande partie due au "moment de l’adolescence". Lorsqu’on rejette tout en bloc: les professeurs et les parents. Les 6èmes ont encore cette fraîcheur, cette envie de découverte, c’est à cet âge qu’ils sont les plus enclins à aimer lire.

  5. C’est beau !
    J’ai tendance à croire qu’il ne faut pas prendre les enfants pour des idiots. Même s’il peine à l’école, si ça l’embête ou s’il est revêche, il sait quelque part que les enseignants sont là pour lui. Bien-sûr il y a toujours des têtes de mules, chacun son tempérament ! Mais je suis persuadée que l’enseignement est un échange et c’est ainsi que l’expérience devient mémorable.

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