« Rêves Oubliés »de Léonor de Récondo

J’ai beaucoup entendu parler de cette auteure sur la blogosphère en ce moment et c’est en allant acheter « Amours » que je suis tombée sur « rêves oubliés ». Je suis repartie avec les deux! Lisez le résumé, vous allez comprendre.

L’histoire

1936. Lorsque Aïta rejoint son épouse et ses trois enfants dans la maison familiale de Irun, il trouve la maison vide. Sachant ses beaux-frères engagés dans des actions politiques, il craint le pire. Puis, très vite, on le rassure. La famille a fui de l’autre côté de fleuve côtier la Bidassoa. C’est une nouvelle vie qui les attend.

Une vie, vraiment?

Tout au long du roman, l’auteure nous raconte les « non-actions » de la famille et s’intéresse à ses états d’âme. Ce récit intérieur aux multiples facettes est accentué par le carnet tenu par Ama, l’épouse de Aïta. Les jours s’écoulent et se ressemblent. Ama dit l’attente, Ama pleure son pays l’Espagne mais Ama ne vit pas. Sa vie est une suite de tâches ménagères à accomplir et de pensées tristes des souvenirs de ce qu’ils ont été. C’est à la fois magnifique et agaçant. On aimerait qu’elle s’y fasse à son nouveau pays, on aimerait qu’elle profite de la liberté qu’il lui offre et qu’elle vive!

Un No man’s land

Dans ce roman, la vie est suspendue. Nous nous trouvons entre deux pays (L’ Espagne et la France), entre deux guerres ( La guerre d’Espagne en 1936 et la seconde Guerre Mondiale en 1940) et finalement entre la vie et la mort, d’où l’immense tristesse qui s’échappe de ce livre.

La tristesse et la fierté

Je l’ai dit, Ama est triste et elle l’écrit encore et encore, consciente, après que son pays est tombé aux mains de Franco, qu’il n’y a pas de retour possible mais Ama n’a jamais fait sienne la France. Une France qui lui est étrangère. Elle pleure ses belles mains blanches, sa grande maison au soleil et le confort oublié;enfermés qu’ils sont en 1939 dans une ferme des Landes, prisonniers d’un quotidien absurde.

« Presque deux ans sans écrire dans un silence confondant, happée par notre quotidien absurde, sordide parfois, sali souvent par nos rires forcés, par notre volonté farouche de rester dignes, de croire encore. Croire en quoi? « 

Car là, encore une fois, nous sommes dans l’entre-deux. D’un côté, Ama crie son désespoir; mais de l’autre, elle n’en laisse rien paraître et relève toujours la tête. Avoir l’air d’aller bien quand tout va mal. Les apparences sont ici comme le dernier bien auquel on s’accroche.

Les traumatismes

« les » traumatismes parce qu’Ama n’est pas la seule à souffrir. Chaque membre de la famille souffre. En témoignent les bols de céramiques de plus en plus fragiles d’ Aïta, sa retraite dans le silence, les amours contrariés par la frontière si courte et pourtant infranchissable du frère. Puis, il y a les enfants, tous marqués: celui qui veut savoir, celui qui se sent coupable, celui qui montre la nuit que lui aussi est perturbé par ces changements.

Toute la famille est marquée au fer rouge, comme tant d’autres. N’est-ce pas le propre de la vie de composer avec ses traumatismes?

L’amour

L’amour est présenté du début à la fin comme le seul espoir de survie de la famille. L’amour de la famille mais aussi l’amour de Aïta et Ama sont des amours discrets. Ils ne se disent pas, ne se montrent pas mais sont pourtant bien là présents.

 » Etre ensemble, c’est tout ce qui compte »

Le style

Il est incontestable que l’auteure est musicienne. Dans ses écrits, les mots sont l’instrument, les phrases la mélodie.

Les mots sont choisis pour susciter l’émotion. Les mots sont lourds. Parfois un peu trop à mon goût. Le lecteur ne peut-être que touché par la mélancolie et la tristesse qui se dégagent de ce roman bien écrit.

Alors que les personnages redressent la tête fièrement contre les aléas de l’Histoire, les mots font sombrer la famille dans le désespoir. Asa le dit d’ailleurs. Les mots l’effraient en concrétisant ses pensées négatives.

«  Je ne veux plus écrire. Fermer ce carnet pour toujours. Je ne veux plus aucune trace, plus rien de tangible. Les mots m’ont accompagnée jusqu’ici, mais maintenant, ils me tiennent prisonnière. Prisonnière de leurs griffes, de mes sentiments partagés entre la joie, l’amour mais aussi l’angoisse et la mort. Les écrire les rend vivants, alors qu’ils disparaissent pour me laisser vivre l’âme légère à l’ombre du tilleul. »

A signaler peut-être, une chose qui m’a fait sourire. C’est la lettre que reçoit Ama et provenant de l’un de ses frères emprisonnés au camps de Guns. L’horreur du camps est décrite avec exactitude. Cette lettre donne un côté complètement artificiel au roman car, à coup sûr, elle aurait été censurée sans l’ombre d’une hésitation!

Mon avis

Ce livre ne m’a pas laissé insensible, il explique la douleur que peuvent ressentir les exilés forcés… mais bien plus grande la douleur de ceux qui ont perdu les membres de leur famille dans ces deux guerres!

Lorsque la police allemande vient voler un jambon durant la nuit, Aïta se rendort aussitôt avoir prononcé cette phrase « ce n’est que matériel après tout », laissant Ama au désespoir. Il y a deux façons de vivre l’exil. Il me semble qu’ Ama a choisi la mauvaise.

De la fin, je retiens une morale: Il ne faut pas attendre de vivre.

« Rêves oubliés » de Léonor de Récondo. Editions Points 6e50

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6 commentaires sur “« Rêves Oubliés »de Léonor de Récondo

  1. J’ai bcp entendu parler de l’auteure (combien de critiques louangeuses sur sa personnalité créatrice double !), mais celui-ci ne me tentait pas. Ta critique est mitigée, je pense que j’y reviendrais après la lecture d’Amours qui m’intéresse davantage !

  2. Je n’ai jamais entendu parler de l’auteur et pour être honnête je ne pense pas que ça passionne cette vie en suspend : Comme tu le dis je pense que ça doit être à la fois intéressant mais en même temps hyper agaçant… Et j’ai peur que ce côté ne l’emporte. Je retiens toutefois les références au cas où j’en entende parler de nouveau en bien, ou que j’ai l’occasion de le feuilleter… Merci pour cette découverte du coup !

  3. C’est vrai, le personnage qui attend quelque chose de la vie au lieu de la prendre comme elle est et de se l’approprier m’a agacée. Pourtant, c’est un beau récit et ça pose la question de l’exil forcée.

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