« Sodome et Gomorrhe », Marcel Proust- Amour et Transgression

« Sodome et Gomorrhe » est la suite de « Le Côté de Guermantes » . Dès le premier chapitre -plein de promesses- nous retrouvons le baron de Charlus qui ne peut cacher son secret plus longtemps au narrateur.

L’Histoire

Après avoir passé l’année à Paris dans « Le Côté de Guermantes » (ici), le narrateur retourne à Balbec. C’est d’abord l’occasion de se souvenir de sa grand-mère à travers des lieux et des objets familiers mais c’est surtout le temps de découvrir une forme d’amour qui n’avait pas été traitée jusque-là, l’homosexualité.

Ouverture et Fermeture

Si on ne devait retenir que quelques passages de ces deux tomes, ce serait le chapitre d’ouverture provocant et intense et qui justifie totalement le titre du livre « Sodome et Gomorrhe » de par la « perversion » cachée mais tout juste découverte par le narrateur; et le chapitre de fin, bouleversant et annonciateur d’un terrible malheur.

Sodome

Sodome, est une ville évoquée dans la Bible, détruite par la feu. On dit qu’elle représentait le secret et le péché de par les pratiques homosexuelles de ses habitants. L’évocation de Sodome dans la Bible a donc été interprétée comme une condamnation de l’homosexualité par les religions. Pourtant, il n’est jamais écrit que la ville a été détruite pour ses moeurs, il est même plutôt question d’une condamnation de l’égoïsme puisque ses habitants ne venaient pas en aide aux nécessiteux.

Léon Eloy a une vision de Sodome et Gomorrhe qui s’approche-à mon avis-du sens que veut lui donner Proust dans La Recherche: 

« Sodome est la ville du Secret, et Gomorrhe est la ville de la Rébellion. Elles paraissent représenter deux formes inconnues de l’attentat contre l’Amour, avec une aggravation spéciale pour la première (…) » .

Dans ce tome, nous découvrons les penchants du baron de Charlus pour les hommes, bien qu’on les ait déjà supposés, notamment à la fin de « Le Coté de Guermantes » . C’est dans le secret que le baron vit son homosexualité mais le rideau est près de tomber et c’est le jugement des hommes qu’il devra affronter. Les préjugés du cercle aristocratique auquel il appartient ou la justice décideront-ils de sa destruction? Tout comme dans la Bible, on sent le moment de la sentence approcher.

Gomorrhe

Gomorrhe, ville qui héberge les femmes, aurait subit le même châtiment divin.

Dans La Recherche, c’est Albertine qui semble nouer des relations intimes avec ses amies. Bien que cela ne soit jamais complètement confirmé. Paradoxalement, cela déchaîne l’amour du narrateur pour la jeune femme alors même que cela le rend impossible.

L’Amour

La réflexion de Proust sur l’amour et le désir continue de se développer dans cette oeuvre. Il est question ici de jalousie. On aime ce que l’on désire et on désire que ce qui est désiré par l’autre. Ainsi, l’amour du narrateur varie. Albertine ne plaît pas à sa mère, ce qui diminue son influence sur le narrateur ; mais elle plaît, et plus encore, elle suscite le désir de femmes elles-mêmes désirables et de ce fait, embrase le désir du narrateur à plusieurs reprises.

« L’amour » du narrateur pour Albertine s’explique de deux façons: c’est à la fois le désir des autres pour l’objet désiré et la peur de perdre ce que l’on croit posséder. entre les lignes, le narrateur nous fait comprendre que ces deux facteurs vont les mener à un grand malheur ( comme beaucoup d’autres couples que l’on connaît d’ailleurs).

La Mort

Alors que la mort de deux êtres chers au narrateur est à peine évoquée dans les tomes précédents, le retour sur les lieux familiers aux protagonistes est l’occasion d’éveiller chez l’auteur la tristesse de la mort qui tient une grande place dans les premiers jours à Balbec puis disparait à nouveau, comme si la vie reprenait ses droits.

A travers des objets, les manières de sa mère, la nature, la grand-mère du narrateur se rappelle à lui. Il est alors question de l’absence de ceux qu’on a aimés et qui sont pourtant toujours là, dans une citation de Mme de Sévigné, dans une mèche de cheveux de la mère, dans une ancienne photographie.

Micro société

Il est bien sûr encore question de la société aristocratique à propos de laquelle le narrateur nourrissait tellement d’espoir. Les personnages qui la composent sont presque tous risibles et antipathiques et Proust n’en finit pas de détailler la mécanique bien huilée des codes et des rapports de cette classe sociale au pouvoir aujourd’hui quasi-inexistant.

Le Style

Au risque de me répéter (ici), on ne peut discuter le style de Proust tant la syntaxe est hautement maitrisée et mime à merveille les errances de l’esprit. Chaque mot est précisément choisi, comme les notes d’une partition, en total harmonie avec la phrase et l’ensemble du texte.

Des thèmes dont j’ai déjà parlés ici, sont repris et développés. Je pense notamment au thème du rêve.

Mon Avis

J’ai retrouvé les éléments présents dans « Du côté des Chez Swann » et dans « A l’Ombre des Jeunes Filles en Fleur » mais que l’on ne retrouvait pas dans « Le Côté de Guermantes » , ou bien dans des proportions insuffisantes à mon goût. Les errances psychologiques du narrateurs sont davantage présentes dans « Sodome Et Gomorrhe » , sans oublier la scène première et dernière qui sont un régal. Comme toujours, l’artiste soigne son entrée et sa sortie.

Sodome et Gomorrhe, Proust. Editions Folio Classique.

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2 commentaires sur “« Sodome et Gomorrhe », Marcel Proust- Amour et Transgression

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