« Soumission » de Michel Houellebecq- Beaucoup de bruit pour rien

« Le prochain Houellebecq, grosse polémique en perspective ». Voilà ce qu’on pouvait lire dans à peu près tous les journaux à la mi-décembre. Ces journalistes ont-ils lu le livre avant de titrer ou bien ont-ils exagérément anticipé le contenu à la lecture de la quatrième de couverture du dernier livre de l’auteur connu pour sa position envers l’Islam?

J’ai commencé la lecture de « Soumission » le soir-même de l’attentat contre « Charlie Hebdo », alors que celui-ci titrait « Les prédictions du mage Houellebecq », car peut-être donnons-nous un peu trop d’importance à un roman d’anticipation.

L’Histoire

Nous sommes en 2022, Après deux mandats de Hollande, la France est au plus mal. Les français ne savent plus trop vers quoi se tourner qui leur fera oublier leur solitude et l’éclatement des valeurs de ces dernières années. Sur cette base peu favorable se développent des conflits armés de plus en plus fréquents entre les partisans du Front National et ceux de la Fraternité Musulmane, les deux partis qui s’affrontent également sur le terrain politique. L’alliance de l’UMP( déjà mort depuis longtemps), du PS (qui ne convainc pas plus) et de l’UDI( qui n’a jamais convaincu)avec la Fraternité Musulmane, fera basculer le scrutin et la France devient un état islamique.

Le narrateur, professeur à l’université de La Sorbonne, tout comme un personnage de Houellebecq qu’il est, se laisse porter par la vie, par l’histoire et observe.

Le Cynisme

Le cynisme de Houellebecq ne perd pas de son mordant. Le narrateur a 45 ans mais ne se résout pas à fréquenter les femmes de son âge. Après avoir eu leurs quelques courtes années cougar, leurs fesses ramollies feraient fuir n’importe quel homme note-t-il.

Les journées s’enchaînent, puis les années au rythme des lettres et rappels administratifs en tout genre qui ne cessent jamais, en toute occasion; au rythme de relations avec de jeunes étudiantes aussi. Le narrateur, qui souffre tout de même un petit peu de sa solitude, ne se résout pas à aller sur meetic, il préfèrera encore chercher la compagnie de prostituées.

Le narrateur est à la recherche d’un sens à donner à sa vie.

Huysmans

François, le narrateur, tente de mettre en parallèle sa quête d’un quelque chose avec celle de l’auteur du XIX ème siècle, Huysmans. Connu pour son pessimisme, il s’est attaché à peindre la société décadente du XIX ème avant de se convertir au catholicisme. François trouvera-t-il son bonheur dans l’Islam?

Plus encore, Huysmans et la place centrale qu’il occupe dans « Soumission » me paraissent tenir de la symbolique. Huysmans est le symbole de notre société décadente qui finira, d’après Houellebecq, par se tourner immanquablement vers plus de valeurs, de spiritualité et donc, vers la religion. Ici l’Islam.

L’Education

En 2022, c’est vers la religion que nombre de français se tournent pour trouver un sens à leur vie et un peu de spiritualité mais la masse dormante n’est pas encore convaincue et pour la convaincre, il faut commencer très jeune. L’islamisation de la société française commence donc par l’éducation. Tous les professeurs doivent se convertir et enseigner l’Islam aux élèves sous peine de perdre leur poste.

C’est dans cette situation que se trouve notre professeur à la Sorbonne, spécialiste de Huysmans.

La Femme

La femme de 2022 est une femme accomplie, aussi éduquée que l’homme; elle n’en a matériellement plus besoin pour vivre. Après ses années de gloire durant lesquelles elle est en pleine possession de son pouvoir, la femme vieillissante et seule est-elle heureuse? Malheureusement, ce que cette nouvelle configuration politique lui propose n’est guère réjouissant: les voiles, les burqas et les niqabs, les pantalons et les longues tuniques cachent la femme publique de la tête aux pieds; elle n’est autorisée à se découvrir que devant son époux et pour chaque mari, quatre femmes. Chacune tient un rôle en fonction de son âge: le sexe, les enfants puis la cuisine.

L’homme, quant à lui retrouve sa place de patriarche. D’abord attristé de ne plus voir les jambes des jolies filles au printemps, François se ravise: il faut au moins reconnaître que la frustration sexuelle n’existe plus. Puisque le corps de la femme est caché, la tentation d’aller voir ce qui se cache sous le tissu est moins grande et l’homme trouve assez de plaisir auprès de ses femmes dévouées à ses désirs.François ne répond pas vraiment à la question, est-ce que c’était mieux avant, au lecteur de juger, le personnage lui se laisse porter par l’Histoire.

A ceux qui voudraient travestir ce roman en essai:

Mettons-nous dans cette position et voyons sur quelles observations se base Houellebecq pour imaginer que la France pourrait devenir un état islamique:

La France est laïque depuis à peu près deux siècles. La perte de valeurs, la solitude et la crise qui nous empêche de noyer notre ennui dans la consommation nous entraînent, comme Huysmans un siècle plus tôt, sur le chemin des religions.

Ici, Houellebecq choisit la religion musulmane tout simplement parce que c’est celle qui se développe le plus.

Mon avis

J’ai lu quelques Houellebecq avant celui-ci et ce roman n’est pas celui que je préfère. Cependant, le cynisme de l’auteur qui peut parfois m’agacer à l’extrême, m’a fait sourire, rire même.

En effet, on y parle de politique et de religion, et en ce sens, ce roman est d’actualité et c’est tout à fait logique qu’il se trouve en tête des ventes mais il ne faudrait pas faire de ce roman un appel à la haine. Il en est loin. Houellebecq essaie de voir comment la France pourrait se sortir de la situation dans laquelle elle se trouve et il en fait un roman d’observation. Ce mot est important car, à la fin, dans ce roman plus que dans un autre, c’est au lecteur de faire sens.

Je trouve assez scandaleux qu’on se soit levé contre ce livre de crainte qu’il ne soit repris par le F.N, laissons aux français (ou plutôt, au groupe de lecteurs de Houellebecq!) la liberté de s’interroger sans croire qu’ils seront assez stupides pour courir aux urnes voter Marine Le Pen parce qu’ils auront lu « Soumission ». Pour le coup, c’est complètement déshonorant pour le lecteur de Houellebecq qui n’aurait aucune capacité à construire sa pensée propre.

Puis, il est essentiel d’ajouter que, en aucun cas, Houellebecq ne m’a paru irrespectueux. De plus, tout ce qu’il avance sur les coutumes de cet hypothétique état islamique a pour source une professeure d’Université spécialisée dans ce domaine. L’auteur l’affirme, il n’est pas professeur et n’a pas de connaissances suffisantes sur la religion musulmane.

« Soumission« , Michel Houellebecq, Flammarion.

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Michel Houellebecq

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3 commentaires sur “« Soumission » de Michel Houellebecq- Beaucoup de bruit pour rien

  1. Je n’arrive pas à me décider à le lire… et pourtant, j’y pense !! 😉
    Merci pour ton article, ton "décorticage" et ton avis !
    Belle soirée et belle semaine à venir !
    A bientôt 🙂

commentaires