« Titus n’aimait pas Bérénice », Nathalie Azoulai – Racine et la Passion

Voilà un an que « Titus n’aimait pas Bérénice », de Nathalie Azoulai, est sorti; un an que je me dis qu’il faudrait que je le lise, qu’à coup sûr, la fidèle de Racine que je suis appréciera.

L’Histoire

Titus quitte Bérénice, sa maîtresse, pour sauver son mariage avec Roma. Bérénice souffre et dépérit, avant de trouver écho à son malheur dans les tragédies de Racine. Pourquoi Racine arrive-t-il si bien à parler de ces passions qui nous consument? C’est dans la vie de Racine que le narrateur va chercher les réponses.

Racine

« Titus n’aimait pas Bérénice » revient sur la vie de Jean Racine. Orphelin issu d’une famille de petits bourgeois jansénistes, Racine est admis aux Petites Ecoles de Port Royal grâce à la protection de sa grand mère. En parallèle de la Bible, il se passionne de textes grecs et latins qu’il traduit avec brio. Sa soif de découverte est telle qu’il se met à traduire des textes censurés, parlant d’amour et de passion; ce sont ces lectures qui lui apporteront matière à composer; parce qu’il s’agit bien de cela: composer. Le rythme et la musique prévalent sur les règles de grammaire à ses yeux. Par ses vers chantants, ensorcelants, le jeune Racine, envoyé à Paris, charme toutes les femmes qu’il désire; mais il désespère de connaître un jour la passion décrite dans les livres, la passion dévorante, accablante. Jusqu’à ce qu’il rencontre la jeune et belle Du Parc avec laquelle il partagera un amour sans cesse contrarié: c’est la passion. Elle sera son Andromaque.

La Passion

Racine s’est nourri de passions. Aimer passionnément, c’est souffrir. Souffrir de ne jamais posséder l’autre, souffrir d’être dépendant, souffrir de ne pas être suffisant. La souffrance donne, bien sûr, matière à tragédie. Dans les tragédies de Racine, A aime B qui aime C. L’amour est donc impossible, terrain idéal pour la passion destructrice. Après deux liaisons tumultueuses, Racine en est revenu est a vécu un amour paisible, car partagé et sans obstacle.

Titus aimait-il Bérénice?

Difficile de répondre à cette question. Il l’aimait passionnément sûrement. La passion ne peut s’épanouir que dans l’impossibilité de se réaliser. Sans Rome (ou Roma), Titus aurait-il aimé Bérénice? et Bérénice, Titus?

Passion Mortelle?

La passion de Bérénice pour Titus se conclut donc de façon tragique. Le destin en a décidé ainsi, Bérénice et Titus ne pourront pas poursuivre leur histoire. Ils doivent se séparer au nom de Rome. La raison reprend ses droits. Une Tragédie, se conclut souvent par la mort. Mais Racine sait ce que c’est d’aimer passionnément et il choisit un tout autre destin pour son héroïne. Peut-être bien que ce qui attend Bérénice est pire encore que la mort:

« Que le jour recommence et que le jour finisse

Sans que jamais Titus pu voir Bérénice

Et sans que tout le jour, je puisse voir Titus? »

Vivre loin de celui que l’on aime, n’est-ce pas un semblant d’existence pire encore que la mort?

La Séparation: un Exercice d’Equilibriste

Lorsque le personnage de Racine se demande si Bérénice doit mourir, il se confie ainsi à Nicolas:

« On ne meurt pas d’amour. Ce qui arrive le plus souvent, c’est ce désert dans lequel on entre pour un moment, l’hébétude de l’abandon. Ma Bérénice ne sera-t-elle pas plus héroïque si elle se retire sur ses terres dans le calme? je veux que mes amants marchent au bord du suicide mais qu’ils n’y versent pas. »

Il aura fallu que Racine vive et expérimente les passions et les formes plus sages de l’amour pour qu’il soit capable de tirer cette conclusion et de faire de Bérénice, la Tragédie de la consécration. Celle qui éloignera définitivement Corneille de la première place.

 

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, Editions Pol et Editions Folio Poche.

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