« Une Prière pour Owen » de John Irving

Mes dernières lectures étant un peu pesantes (ici ou ), je me suis tournée vers un peu de poésie et d’humour avec « Une Prière Pour Owen » de John Irving. J’ai lu quelques livres de John Irving (le dernier, « La Veuve de Papier » ) et chaque fois, on me disait, « Mais tu n’as pas lu « Une prière pour Owen?! » (tête penchée sur l’épaule et regard attendri) « Oh! C’est celui que je préfère ». Quelle frustration!

Lorsque l’on tient un blog, il est difficile de prendre le temps de lire des livres de 700 pages, sous peine de perdre les lecteurs qui attendent trop longtemps les critiques; et pourtant, ce sont les gros livres que je préfère (d’où peut-être mon amour pour Zola et ses Rougon-Macquart). J’aime retrouver chaque soir le même héros, j’aime qu’il me devienne familier, j’aime le voir évoluer petit à petit et grandir, j’aime ce moment où la quête d’identité aboutit. De ce côté-là, avec John Irving, on est sûr de ne pas être déçus. Bien souvent, nous voyons vieillir ses personnages de l’enfance à l’adolescence.

L’histoire

Le narrateur, John Whellwright nous raconte son histoire et celle de son meilleur ami, Owen Meany, petit homme de taille à la voix sur-aiguë et au génie certain. Cette belle amitié nous est contée sur fond d’histoire américaine.

La magie d’Irving

Comme d’habitude, même si la menace d’une mort imminente gronde, John Irving introduit de la magie et de l’inattendu dans son livre. Owen d’abord, ce personnage merveilleux qui n’est ni tout à fait un homme, ni tout à fait un dieu; la mort rocambolesque de la mère de John par une balle de baseball lancée en pleine tête par son meilleur ami; le mannequin à la robe rouge tenant bonne place dans la chambre d’un personnage.

Je pense que la poésie tient à cette ingénieuse balance qu’ Irving maitrise parfaitement entre humour et gravité, roman fleuve et beauté de la phrase:

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes »

La magie d’Owen

Du haut de son 1M52 à l’âge adulte, Owen semble observer le monde, et plus particulièrement son pays, avec clarté. Au sujet de Marylin Monroe, il dira qu’elle est le symbole de l’Amérique. Une femme qui, à l’image des hommes qu’elle a aimés, vise toujours trop haut, des sphères qui lui sont étrangères et finit logiquement toujours par chuter. La mort de Maryline, c’est la mort du rêve américain. Owen est sûr de lui et a un avis éclairé sur tout. D’où lui vient cette intelligence? Sûrement pas de ses parents qui ne s’intéressent à rien et à personne. L’attachant Owen est également sûr de son destin, sûr d’être « la main de Dieu ». En cela, il est tout l’opposé de son ami John.

John, le narrateur

L’histoire d’Owen, c’est son meilleur ami John qui nous la raconte. John veut expliquer au lecteur d’où lui vient sa foi en Dieu et c’est bien la seule croyance qu’il a car là où Owen sait tout, John doute de tout. John ne sait pas qui est son père, John ne sait pas s’il est hétérosexuel ou homosexuel, John ne sait pas ce qu’il veut faire dans la vie. John se cherche continuellement comme il cherche le père inconnu, sans réelle énergie; et ce qu’il finit par trouver, c’est ce qui était sous son nez toute sa vie: Owen Meany.

Owen est brillant, John se découvre sur le tard atteint d’une dyslexie qui justifiera sa « lenteur » d’apprentissage; Owen s’engage pour le pays, John se coupe le doigt pour y échapper; John est amoureux de sa cousine Hester, celle-ci n’aura d’yeux que pour Owen. Le pauvre John est un personnage bien sympathique lui aussi, parce que lui et Owen sont antagonistes.

Par un malencontreux accident, Owen sera responsable de la mort de la mère de son meilleur ami. Il sera celui qui trouvera le père inconnu. Celui qui le sauvera d’une mort certaine au Vietnam. Celui qui l’aidera à commencer sa thèse. Owen prend toute la place dans la vie de John comme dans son livre puisque ce dernier ne peut être le héros de son propre récit.

La politique américaine

A travers les pages et les années, John Irving dresse une chronique de l’Amérique des années 60-80 et nous parle politique avec l’implication d’un citoyen américain et le recul clairvoyant d’un Owen Meany. Au sujet de la guerre du Vietnam, Owen, LA VOIX (toujours en majuscule dans le texte) dira peu avant sa mort que c’est désolant de partir en guerre au bout du monde alors qu’il y a tellement de gens à sauver dans son propre pays. L’humanité est perdue, comme John; seul un Owen Meany peut la retrouver.

La religion

Là encore, l’humour se mêle au sérieux. Quelle rigolade lors de la représentation de la naissance de Jésus ou Jésus est justement joué par Owen, petit bonhomme emmailloté dans des bandes qui font office de linceul! Mais la religion dans « Une prière pour Owen » c’est aussi toutes les divisions et différentes Eglises, la mise en lumière de l’absurdité de certains rituels, tout ce qui finalement fait obstacle à la Foi.

Mon avis

Vous l’aurez sûrement compris, j’ai adoré « Une prière pour Owen » que j’ai lu très vite malgré tout.

Parce que les personnages sont attachants, parce que les sujets abordés sont profonds, parce que un peu d’humour et de magie font du bien parfois; j’aime « une prière pour Owen ».

« Une prière pour Owen », John Irving, Points.

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"Une Prière pour Owen" de John Irving
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7 commentaires sur “« Une Prière pour Owen » de John Irving

  1. Ton intro sur ta conception du blog m’a interpelée : Pour ma part je trouve au contraire que le blog c’est une motivation pour lire toute sorte de livres y compris les pavés pour pouvoir en discuter après, et je ne pense pas que le lecteur soit à ce point en manque de lecture qu’il surveille qui ne publie pas "assez" pour s’en désabonner… O_o Mais c’est un ressenti comme un autre même s’il doit être contraignant pour toi du coup ! En ce qui me concerne je préfère bloguer au rythme de mes envies que selon un timing à respecter, parce qu’après tout mon blog n’est que l’accessoire de ma passion pour la lecture et non l’inverse. Mais c’est marrant de voir les habitudes de chacun.

    Alors pour l’auteur, il est pour moi l’un de ceux dont le nom et l’esprit m’attire mais le contenu beaucoup moins : Quand mon mari m’en parle, ça me tente, mais une fois il m’a prêté un bouquin et… Je n’ai pas pu faire autrement que d’abandonner tellement je m’ennuyais (c’était l’épopée du buveur d’eau, je me rappelle au moins du titre c’est déjà ça^^).
    Et puis récemment, je lui ai demandé s’il n’aurait pas écrit une histoire qui pourrait me plaire plus, pour quand même essayer de comprendre ce qui fait qu’il l’aime autant (mon mari l’adore).
    Il m’en a parlé d’un qui m’a vraiment intéressé au moins en résumé : Du coup je l’ai pris, j’ai vraiment beaucoup d’espoir en l’histoire intéressante qui je pense, pourra me faire découvrir cet auteur pour de bon. Je laisse le suspense sur le titre, mais je vais m’y mettre bientôt et je te dirai !
    Tout ça pour dire que je ne connais pas le titre que tu présentes, mais a priori je passe mon tour parce que j’ai peur du côté too much – sauf si je deviens fan bientôt… 😉

  2. Oui, je dis ça parce que maintenant j’y pense. Lorsque je commence un livre de 700 pages, je me dis "Mince, je ne vais pas pouvoir écrire avant un moment" mais il n’y a qu’à regarder mes découvertes ebooks pour se rendre compte que ça ne m’arrête pas! D’ailleurs, j’ai lu avant d’écrire. Tellement de livres que je pourrais chroniquer!… mais j’aime écrire tout de suite après avoir lu.
    Le résumé d’Irving qui m’attirait le plus comme ça, c’était "la veuve de papier", le dernier que j’ai présenté! Je suis curieuse de savoir lequel tu as choisi 🙂

  3. C’est vrai que je n’avais pas pensé que lire de "gros" livres est peu compatible avec la tenue d’un blog ! Mais tu t’en sors très bien ceci dit, mieux vaut privilégier la qualité à la quantité hein 🙂 Sinon j’adore John Irving! J’avais commencé "Dernière nuit à Twisted River" l’année dernière et n’avais pas accroché, puis j’ai lu d’une traite "A moi seul bien des personnages" et je me suis reessayée à ce premier roman! L’intrigue peut paraître longue à débuter mais une fois qu’on est dedans on n’en décroche plus. Mon prochain Irving alors 🙂

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