« Une veuve de papier », John Irving

Voilà un livre qui avait tout pour me plaire, un livre qui commence fort. L’histoire est passionnante, les personnages fouillés (650 pages) et la narration, forcément impeccable. Tout commence parfaitement, je dévore la première partie, je souffre pour les personnages mais je m’amuse aussi de leurs travers grotesques peints avec ironie par le narrateur.

L’histoire:

1958, Eddy O’Hare trouve un job d’été chez l’écrivain Ted Cole. Eddy va découvrir une famille bouleversée. Ted et Marion Cole avaient deux fils, morts dans un accident de voiture. Leurs fantômes hantent encore les murs de la maison qui sont couverts de photos des deux garçons. Ruth, née après la mort de ses frères, a 4 ans lorsqu’ Eddy arrive et Marion disparaît.

Nous retrouverons ensuite Eddy et Ruth en 1990 et 1995 à travers des patchworks de vies avec, toujours en fond, le fantôme de Marion.

Autour de ces personnages viennent s’en greffer d’autres parfois très maladroitement d’après moi.

Alors que j’ai adoré et lu très vite la première partie qui traite du délicat sujet de la reconstruction d’un couple après avoir perdu ses enfants, d’une mère incapable d’aimer son enfant qui n’est pas celui qu’elle a aimé et qu’elle a perdu quelques années auparavant;et plus généralement, de la peur d’aimer liée à la peur de souffrir; je me suis essoufflée à partir du milieu de la deuxième partie. Le narrateur lui-même a moins de mordant et se montre plus complaisant avec ses personnages.

D’un autre côté, ce point est intéressant, comme si le narrateur découvrait les personnages en même temps que nous et les acceptait avec leurs défauts au fil des années.

650 pages de bonheur, de souffrance et de recherche d’identité lorsque l’absence d’une mère complique les choses. Il y a des pertes qu’on met toute une vie à accepter et ce n’est parfois pas suffisant.

Ce roman est à la fois touchant et drôle, cependant, je regrette l’intrigue policière au milieu de l’oeuvre qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Elle ne me semble pas ajouter quoi que ce soit à l’histoire, et peut-être même, en détruit-elle l’unité.

Malgré ce qui est pour moi le petit défaut de l’oeuvre, je recommande ce livre qui traite d’un sujet difficile. J’étais d’ailleurs assez surprise qu’un auteur comme John Irving s’empare d’un tel sujet qui tomberait facilement dans le mélo si la plume du célèbre auteur n’était pas aussi remarquable.

Une veuve de papier, John Irving, Editions du Seuil.

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11 commentaires sur “« Une veuve de papier », John Irving

  1. Un de mes auteurs préférés que j’ai découvert avec ce roman .. mais impossible de remettre la main sur ma critique ;-( pourtant j’ai du adorer car j’ai mis 5/5.

  2. C’est vraiment un beau roman mais j’en ai lu beaucoup d’autres et j’ai également fait une critique sur « Une prière pour Owen » qui est très bon! Dur de dire celui que je préfère…

  3. Je viens de finir "A moi seul bien des personnages" du même auteur, que j’ai trouvé fabuleux et que je ne peux que te conseiller! C’est le premier livre que je lis de cet auteur, apparemment Le Monde selon Garp est très bien aussi. Une veuve de papier me semble très bien aussi (même si étant donné le seul livre que j’ai lu de lui, je suis aussi assez surprise du choix de l’intrigue policière mais bon je suis encore novice) mais le sujet me paraît un peu dur et j’aimerai éviter de me mettre le moral à 0 pour l’instant :). En revanche j’avais commencé à lire "une derniere nuit à twisted river" et je n ‘avais pas accroch

  4. J’aime beaucoup cet auteur. Le premier que livre que j’ai lu de lui était la quatrième main, il y a longtemps maintenant mais le titre qui revient tout le temps chez les amateurs d’Irving est "une prière pour Owen"

  5. Désolée pour le doublon, sur mon portable ça bug un peu pour les commentaires mais bon. En tous cas, "a moi seul bien des personnages" est assez d’actualité et m’a laissé un peu la même impression que "le rêve le plus doux" de doris lessing bien que le sujet n’est rien à voir, je pense que ça vient du mélange de générations et du fait que l’on a vraiment l’impression de suivre de bout en bout la vie du narrateur. Bref j’ai adoré!

  6. Les romans d’Irving sont toujours un plaisir ! J’ai particulièrement aimé "L’oeuvre de Dieu, la part du Diable" et "L’Hotel New Hampshire". Grâce à ma mère qui possède tous ses romans, j’ai eu l’occasion de découvrir cet auteur très jeune.

  7. Je n’ai pas lu le roman dont tu parles mais j’ai lu le résumé et ça me tente bien! Encore une envie de lecture… Aïe! Saurais-tu dire ce que tu n’aimes pas dans ses romans?

  8. Avec plaisir, très précisément : Je me suis faite ch… heuuuu pardon, j’ai trouvé cela quelque peu ennuyeux à mou… heu, long. Et ce dès les touuuutes premières pages : à ne pas savoir où l’auteur voulait en venir avec son monologue sans fin !
    Enfin, je l’ai essayé lorsque j’étais une piètre lectrice alors peut-être que si je le tentais à présent j’adorerais, qui sait ? C’est juste que ce souvenir m’empêche de faire le test. Allez, si j’en trouve un pas trop long dont l’histoire me plaît je le tente dans l’année, ce sera mon challenge perso !

  9. Je t’avoue que n’ayant jamais pu finir l’épopée du buveur d’eau je n’ai pas du tout envie de le réessayer… Pourtant mon mari est fan, mais je n’y arrive pas.

  10. J’ai lu ce livre il y a une dizaine d’années et je me rappel de quelques images. Comme une empreinte de doigt avec du ketchup sur une serviette en papier ou l’utilisation déraisonnée d’un abat jour pour dissimuler des parties intimes quand un couple est surpris en plein ébat. J’ai bien apprécié le principe d’avoir juste des éclairages en gros plan sur certaines périodes de vies des personnages principaux sans avoir toute la chronologie.

    1. oui, cela permet de mettre la lumière sur le fond de tout ça. Peu importe l’histoire, toute l’oeuvre tient sur le sujet très délicat du deuil d’un enfant et de la vie qui s’en suit.

commentaires